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Nos visuels préférés en 2016

On sait l’image être un outil puissant de communication et les rappeurs le savent très bien aussi au point d’en faire un atout redoutable. Ce qu’on peut appeler les à-côtés sont en fait primordiaux ; un rappeur se doit de développer son identité visuelle et son univers artistique. Au-delà, de l’aspect communicatif, il s’agit surtout d’illustrer l’univers proposé par le rappeur dans sa musique et ses textes afin de mettre en adéquation le fond et la forme. Dans cet esprit, nous vous proposons un top 10 des rappeurs qui ont la meilleure maîtrise de leur image à travers leurs clips, leurs covers et autres moyens de communications visuelles.

10 – Lorenzo

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Lorenzo pioche une grande partie de son succès sur l’image qu’il dégage, et sans laquelle son buzz aurait été quelque peu amoindri. L’Empereur du sale joue à fond la carte de l’humour et c’est d’ailleurs pas ce biais que démarre sa chaîne Youtube : Lorenzo & Rico qui font du sale. L’apparence est bien définie : bob blanc, lunette de soleil, moustache + bouc. Son rap-sketch parodique pioche bien sur dans le rap lui-même mais aussi dans la culture populaire comme avec Tourner les serviettes dans la vidéo Zap du sale #1. Ses thèmes de prédilection : faire du sale, beurette, chicha.

Son personnage est bien rôdé et la consécration viendra avec Freestyle du sale, clip aux plus de 20 millions de vues. Au bas des blocs, à son bob s’ajoute un pull odlschool FFF et surtout il crève l’écran par se palette gestuelle caricaturale. Des couleurs flashies, des sapes démodées, des gestes excessifs ; on retrouve toute la ringardise de loser usurpant le rôle de king dans Fais pas le mec et Beurette de luxe. Lorenzo a réussi son coup ; son image colle parfaitement à ses textes formant un personnage complet.

9 – Lucio Bukowski

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On change totalement de registre pictural avec Lucio Bukowski. Les covers sont très soignés et aussi bien Oderunt Poetas qu’Hourvari peuvent être considérées comme des œuvres artistiques à part entière. C’est d’ailleurs un artiste-peintre, Yoann Merienne, qui a signé la cover d’Oderunt Poetas. Lucio est un récidiviste du procédé ; l’art dans ses covers est une constante dans sa discographie et 2016 n’a donc pas échappé à la série. Bien au contraire, il s’agit sans doute de ses plus belles jaquettes. Les illustrations ne représentent jamais le rappeur, celui-ci préférant laisser l’art et sa musique en particulier au-devant de la scène.

Côté vidéo, ses clips sont somme toute assez simples, une simplicité de vie d’ailleurs revendiquée dans ses textes. Lucio en profite pour mettre sa ville Lyon en lumière que ce soit dans Eau en poudre ou encore dans LXX. Plus surprenant est le clip de Frank Michael qui met le célèbre chanteur à l’honneur dans une sorte de documentaire revue de carrière et non pas dans une parodie ou une caricature comme on aurait pu le penser à l’annonce du titre. Mouchoir d’Adam se déroule en pleine nature amenant de très belles images de montagne mais avec ce genre de clip Lucio est loin de se démarquer du reste du rap français tant les vidéos de nature se multiplie (PNL, Booba, Nekfeu, etc.). Lucio, c’est donc un gros travail sur les covers et des clips-vidéos efficaces sans être renversants.

8 – Kery James

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Ce qu’on retrouve profondément de la musique de Kery James dans ses images, c’est sa détermination, inébranlable, son authenticité, sa sincérité. Rien que la cover est explicite à cet égard ; les poings serrés, Kery James est Mouhammad Alix, la sueur sur le front marquant l’effort de la lutte, son regard soulignant son abnégation. C’est surtout à travers la vidéo que Kery James frappe fort et fait ressortir ses valeurs. Pour cela, il a réalisé pas moins de sept clips égrainés tout au long de l’année ; un bon moyen d’être en permanence dans l’actualité et d’accentuer la portée de son message. Ça commençait en janvier, déjà, avec le poignant Vivre ou mourir ensemble joliment mis en image avec un bon travail sur la lumière alternant espoir et désespoir. Pas moins percutant, le clip de Mouhammad Alix, en noir et blanc, rend d’une part hommage à son idole Mohammed Ali et d’autre part le ring sert de terrain de jeu à l’égotrip puissant de Kery James. Quoi de mieux que la boxe comme métaphore des combats de sa vie ? La boxe, toujours, est présente dans N’importe quoi mais dans un registre plus festif.

Après la boxe, c’est aussi et surtout ses scènes dans les quartiers, au bas des blocs, au plus près du peuple qu’il aime mettre en lumière : l’effet de masse marque le soutien et accentue l’intensité de la lutte dans Racailles. Sans citer toutes ses réalisations vidéos, on ne peut passer à côté de Musique nègre qui réunit une grosse partie du rap français. En plus de l’effet grand rassembleur et du jeu d’identification qui en découle pour le visionneur, la présence de tout le game est un bon moyen pour augmenter les partages et agiter les réseaux sociaux. Tout comme sa musique Kery James ne révolutionne pas l’image mais en a une maitrise forte et parfaite qui lui vaut amplement sa place dans notre top 10.

7 – Alkpote

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Alkpote c’est avant tout une gueule, une gueule qui s’imprime sur la rétine et qu’on reconnait entre mille. Un crâne rasé, des yeux dissimulés derrière des lunettes de soleil miroir, un sourire constamment absent ; Alkpote cultive son charisme au détriment d’une sympathie peu apparente. Il a fait l’actualité en 2016 avec Butter Bullets pour Ténébreuse musique puis surtout pour Sadisme & Perversion. Un nom d’album évocateur de son univers dont il s’emploiera à lui conférer ses lettres de noblesse par  ses textes et gimmicks terriblement accrocheurs mais aussi par son image. Pas moins de cinq clips serviront sa cause ainsi qu’une cover remarquable.

Sa promotion commençait assez paisiblement avec Amsterdam City Gang, l’un des meilleurs morceaux de l’opus. Ode à la dolce vita façon Alk, le clip alterne les prises de vue d’Amsterdam, ses rues et surtout ses coffee shops. Pour Pyramides, autre morceau phare du projet, c’est le quartier qui est présenté, le deal et l’entourage intimidant. Mais même si on y convierait pas nos bambins, rien de très perturbant, pour l’instant. Tout est dans les effets typographiques et autre geste pyramidal. Troisième extrait de Sadisme & Perversion, le titre éponyme entre enfin dans le vif du sujet ; la crasserie caractéristique du MC. Alkpote y balade son flegme légendaire, malgré les corps immobiles et ensanglantés. Pas moins provoquant, Plan à 10 est le clip le plus riche de références : jeux vidéo, films, mangas, actu, ; tout y passe.

Le mauvais goût en étendard, Alkpote cherche à renverser les valeurs morales habituelles et, par ses textes et ses images, y parvient très bien. L’univers d’Alkpote, fort et quelque peu dérangeant, est assez déroutant aux premiers abords, mais c’est sans compter sa dimension dérisoire qui rend alors son œuvre intelligible.

6 – Prince Waly

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Chez Prince Waly, on le sait, tout sonne années 90 : le flow, les instrus, le son enregistré sur bandes etc. Mais le concept ne s’arrête pas à ce qu’on entend et s’étend naturellement à ce qui se voit. A commencer par les sapes de Waly : il avoue volontiers en interview affectionner le style vestimentaire de cette époque qu’on retrouve sur toutes ses covers et tous ses clips : veste Sergio Tacchini, sweat Tommy Hilfiger , casquette Champion, etc. Les clips sont parfois tournés en analogique, enregistré sur VHS mais, dans tous les cas, les vidéos présentées sont en décalage temporel avec notre époque que ce soit avec le Big Budha Cheez ou avec Myth Syzer sur l’EP Junior.

Le clip le plus évocateur est sans équivoque le titre Junior. Tourné en Super 8 et noir & blanc par Clifto Cream (Exepoq), rien ne laisse présager que ce morceau date réellement de 2016. Dans le même registre, Goldman Sachs de Big Budha Cheez est tourné en pellicule 16 mm N&B. Y est d’ailleurs illustré un thème cher à Waly qui nous renvoie une nouvelle fois dans le passé : l’imaginaire mafieux des films américains. Compte tenu de la passion que porte Prince Waly au cinéma, nul doute que l’image continuera d’être soignée, d’autant plus si des moyens supérieurs venaient à arriver.

5 – Damso

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Décidément, l’homme est sur tous les terrains. Révélation incontestable – et d’ailleurs incontestée – de l’année, Damso est à bien des égards devenu en quelques mois le rookie vers lequel tous les yeux se sont tournés. Et sa dégaine, son charisme, son aura, le propulse également en bonne position sur les meilleurs visuels de l’année. Pourquoi ? Tout d’abord pour ses clips, mettant en parfaites images ce que le rappeur raconte dans ses errements musicaux. Là où le morceau Amnésie narre sa morne mélancolie suite à l’horrible histoire dont il parle, le clip sublime ce storytelling en jouant sur la mise en scène des paroles, auxquelles il colle parfaitement : entre une obscénité flagrante durant les couplets et une introspection poignante sur le refrain.
Un autre détail vous aura peut-être échappé, mais sur la pochette, le nom de l’album est écrit en rose, comme s’il venait apporter une touche de luminosité sur le fond noir du reste de la couverture. Complètement symptomatique de Batterie Faible, cette touche féminine peut être vue comme une analogie au contenu de l’album. En effet, il oscille constamment entre une noirceur, une vulgarité crues, avec des flows très « traditionnels » (malgré son incroyable polyvalence et ses variations de flows sur quasiment tous les morceaux) ; et des moments de chantonnements, de petites échappées saccadées, des refrains chantés, des digressions… Une originalité assumée et rare dans un rap aussi testostéroné (et affilié à Booba).
Bref, Damso n’a pas fini de nous faire chavirer.

4 – Booba

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Booba est sans doute le maître dans ce domaine. Il arrive d’ailleurs 4ème de notre classement sans sortir d’album en 2016. Pour autant, entre l’exploitation de Nero Nemesis (sorti décembre 2015) et la préparation du prochain album, Booba a encore été omniprésent en 2016 avec six sorties vidéos. Il est associé au désormais célèbre réalisateur Chris Macari qui signe tous ces clips. L’association est bien rôdée et le succès est toujours au rendez-vous : de 4 à 40 millions de vue cette année. Booba connait mieux que personne l’importance de l’image et ce depuis longtemps ; sa carrière musicale mais aussi ses activités annexes en ont amplement profité (ses vidéos servent aussi la vitrine de sa marque Ünkut). De fait, et au vu de son succès, il est sans doute le rappeur ayant le plus gros budget clip de milieu rap.

Même si les thèmes de ses vidéos paraissent parfois récurrents, ses superproductions restent variées et de qualité. Que ce soit dans les paysages, la rue, les bâtiments, les clips de Macari sont toujours travaillés et présentent souvent des couleurs dominantes clairement établis : le vert pour Salside, le rose violacée pour 92i veyron, le jaune-rouge pour Pinocchio, etc. Régulièrement entouré par ce qui sert son égotrip habituel, Booba détonne dans les clips Comme les autres et 92i veyron : il est seul. Sa solitude n’est pas anodine et expose une facette peu vue jusqu’à présent dans sa carrière. Le Duc s’ennuie sur le trône, et tombe presque dans une mélancolie induite par sa situation ; un effet d’autant plus marqué par l’autotune et l’instrumentation aérienne. Dans tous les cas, deux clips saisissants.

3 – Georgio

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Georgio se place sur la troisième marche du podium. Au printemps 2016, se terminait la promotion de Bleu noir avec le clip de Malik sous forme de spot pour la prévention routière. Pendant l’été Georgio fait patienter son public avec Années sauvages, clip beau et mystérieux tourné à L’Axe majeur de Cergy (comme Pejmaxx x Ol Zico x Néfaste x Mani Deïz – Dans Les Yeux, un peu plus tard). Georgio sort alors rapidement le premier extrait d’Héra, un nouveau clip aux effets de feuilleton des années 80 bien ficelé. Les codes liés au rap sont d’ailleurs peu nombreux, et c’est cette ouverture et universalité qu’il revendique ce nouvel album. Aussi fort qu’Héra suit La terre je la dévore. Le clip est une réussite artistique indéniable, entre créativité et originalité. Georgio est toujours le sujet principal, comme pour mieux marqué l’introspection de ses textes.

Après deux premiers clips lumineux et joyeux, c’est un Georgio plus sombre et au rap plus prononcé qui apparait dans L’espoir meurt en dernier, tourné en noir et blanc. Svetlana et Maïakovski est déjà le 4ème extrait vidéo d’Héra toujours aussi soigné et scénarisé. De même pour On rêvait tous de s’envoler. Le travail de l’image chez Georgio est remarquable et réussi empruntant soit à la rue, soit à l’imaginaire comme l’Odyssée de Pi. Chaque vidéo est une histoire prenante, à l’image de ses textes sous forme de story-telling. La symbiose son-image est atteinte, la cohérence de ses clips est à la hauteur de celle de son projet Héra.

2 – Vald

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On entend ci et là de manière convaincue ou dérisoire que Vald est un génie. Si musicalement le qualificatif peut prêter à débat, il faut bien avouer que sur le plan de la communication il atteint un niveau très élevé. La barre était déjà placée très haute en 2015 avec Bonjour, les triples clips Selfies et les triples clips d’Urbanisme extraits de NQNT2. Début d’année, Barême et Infanticide clôturaient l’exploitation de son EP. Pas de concept particulier autour du clip n’est présenté, mais les deux vidéos collent très bien à l’univers toujours aussi barrées de Vald. Vald est toujours aussi frappant dans les différents rôles qu’il incarne parfaitement. Ses talents de comédiens et son sens de l’autodérision font systématiquement mouche. Son attitude dénote tellement du reste de la sphère rap que chaque clip est mémorable quoiqu’il s’y passe.

Envie et T’as bien mal font patienter encore un peu avant les premiers extrait d’Agartha. Ces deux vidéos naturellement moins travaillées pour des morceaux hors projets semblent rassembler des extraits mis en scène (ou non) de sa tournée dans les salles et festivals de France sur lesquels sont ajoutés des effets psychédéliques. Mais c’est surtout avec les clips d’Eurotrap et de Mégadose que Vald (re)marque un grand coup. Le premier clip présente un concept jamais vu ; tourné entièrement sur fond vert Vald invite ses fans à incruster eux-mêmes les motifs vidéos, à terminer le clip en quelque sorte. Un gros coup de com puisqu’une floraison de clip dérivé voit le jour sur les réseaux, plus ou moins réussis certes, mais le résultat escompté est obtenu : les partages se multiplient et une sorte d’interactivité est mise en place. Peu de rappeurs d’ailleurs auraient osé offrir de la sorte leur image, sachant les parodies et autres trolls que regorge le monde magique de l’Internet.

Megadose est un peu plus classique si l’on puisse dire mais pas moins frappant. La folie est toujours présente et difficile de tenir le clip en entier tant l’écœurement envahit chaque instant de la vidéo. Effet réussi encore une fois, et Megadose est sans doute l’un de ses morceaux les plus dénonciateurs qu’il ait mis en image. Sorti à quelques jours seulement des fêtes, le coup est imparable. Au-delà des clips, on peut également citer les teasers de Megadose mais surtout, nouvelle trouvaille, des parodies de podcast vidéo. Le premier podcast traite d’Eurotrap et Vald excelle dans ce registre. Les expressions, les réactions, l’attitude tout y est. Sa capacité à faire des sketchs est encore une fois démontrée. Il remet le couvert avec un podcast de Mégadose, imitant Killuminaty l’accusant d’être un illuminati satanique, rôle dont il joue énormément et avec un plaisir non dissimulé dans plusieurs de ces morceaux. Pour finir, la belle et originale cover d’Agartha dévoilée récemment joue encore des codes complotistes obscurs, la dérision toujours bien marqué, comme en témoigne le dépassement de sa basket.

La première place s’est jouée de peu, mais on sait déjà que Vald marquera encore 2017 de ses fulgurances en se demandant quel dernier concept novateur va-t-il trouver.

1 – PNL

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Qu’on n’aime ou pas PNL, qui n’a en tête aucune image à l’évocation de leur nom ? On peut commencer par l’apparence ; elle diffère du reste de la scène rap, encore maintenant, de par leurs vêtements ou encore leur coupe capillaire.
Initiateur de clips de paysage nature avec en 2015 Oh lala en Islande, PNL commence la promo de Dans la légende avec La vie est belle sur le même registre, en Namibie, puis J’suis QLF, tourné au Mexique. Des paysages immenses et magnifiques entourent les deux rappeurs seuls présents et illustrent sublimement la partie fantasmée et rêvée des textes de PNL. On est dans l’évasion mentale comme seul recours à la monotonie du quotidien.

Retour au quartier avec DA entouré de la famille, et le fameux singe en guise de mascotte. Mais surtout retour à la réalité de la routine avec Naha Part 1 et Onizuka Part 2. Finis les rêves, c’est la froideur du quotidien du deal qui est mise en avant dans cette série de clips sous forme de court-métrage réaliste et hyper captivant. Tantôt dans le rêve, tantôt dans le réel, chaque vidéo de PNL marque les esprits. Elles servent surtout très bien les textes et la musique aérienne qui accentue l’effet soit onirique, soit anesthésiant d’un quotidien pesant, raconté avec détachement. Le projet PNL est global et d’une très grande cohérence. En 2017, on entendra et verra encore du PNL, ne serait-ce que pour la partie 3 de leur série de clip-court métrage.

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