Premier semestre 2021 : notre Top 5 Rap Français

Une nouvelle fois, ce début d’année 2021 aura vraiment été éprouvant pour tout le monde, y compris les artistes. Malgré tout, même par ces temps troublés, le rap répond toujours présent. Sélectionner les meilleurs projets des 6 derniers mois n’était pas tâche facile, mais nous en avons débattu avec plaisir… Quelques projets ont fait l’unanimité, d’autres ont été beaucoup (beaucoup) discuté, mais nous sommes finalement parvenus à un top 5 qui nous a tous mis d’accord…
Ne pouvant nous résoudre à laisser de côté certains projets chers à tel ou tel membre de l’équipe, une sélection de coups de cœur complétera, dans un prochain article, ce bilan franchement positif de ces six mois de rap francophone.

Sans plus attendre, place à notre top de ce semestre :

5- Damso – QALF

Parler d’un album de Damso, rien que de l’album, nécessite de faire abstraction de toute l’agitation polarisée qui l’entoure. Depuis QALF, l’artiste lui-même semble s’être lassé des concepts pompeux et de la surintellectualisation de sa musique, qui ont suscité admiration et agacement. QALF Infinity suit cette trajectoire. Les changements de prods à répétition ne sont pas les coups de génie d’un philosophe ; ils sont la trace d’un artiste qui s’amuse.

Quand t’arrives au sommet, tu t’aperçois qu’en bas, c’est juste un trou noir mais coloré”

Passion

Damso étale ses habituelles ambiguïtés dans son rapport aux femmes comme au succès. On n’échappe pas à quelques poncifs et pseudo-punchlines misogynes, mais la grande diversité et l’ouverture musicale de l’album sur la pop et les musiques électroniques sont rafraîchissantes et ludiques, à une période où d’autres rappeurs français sont davantage occupés à copier la tendance du moment sur le voisin qu’à s’amuser. QALF Infinity est la réédition normale d’un album normal de Damso, et c’est pour ça qu’on l’apprécie.

Focus Track : Passion est un morceau écrit avec une simplicité étonnante, dans un style factuel, brut. Damso ne cherche pas la figure de style choc, la ligne polémique. Il raconte sa vie, sans se grimer. Et le découvrir nu, presque candide, a quelque chose de touchant.

4- Hugo TSR – Une vie et quelques

Hugo TSR n’a plus rien à prouver ( même Nekfeu le dédicace ! ). Pas d’innovation, pas de changement de style, pas de nouveaux flow sur Une vie et quelques. Rien de tout ça, et pourtant reste, après l’écoute, comme une impression unique, singulière : que m’est-il arrivé ? Qu’est-ce que c’est que cet album, court, efficace, simple, mais si efficace ? Pourquoi ça marche, Hugo TSR ? Peut-être parce que, derrière ses sons, on y trouve des murs, des rues, des marginaux, des histoires. Des horreurs. Des drames. Des espoirs. En somme, Hugo tiens, depuis ses débuts, le journal d’une vie passée au plus près de la misère parisienne, de celle que le tourisme évite soigneusement. De celle que l’on occulte, qui se passe loin des médias, loin des yeux, loin du monde. Résumé, cet album l’est oui. Résumé d’une vie et quelques, dédie au 18ème arrondissement, dédiée au rap.

Le temps manque, ici il m’faudrait bien dix vies
Celle-ci, c’est une partie d’cache-cache dans laquelle j’compte à l’infini
J’capte un souvenir en plein soupir, j’suis un touriste dans c’train pourri
J’ai plein d’oublis, j’reste insoumis, pas b’soin d’toubib, j’suis bien sous weed

Les mains devant les yeux

Focus track : A la nôtre, note conclusive de l’album, résume à la fois le projet et son artiste, l’œuvre et son contexte. Il y a des conclusions qui s’imposent à l’œuvre, celle-ci en est une.

3- Lala&Ce – Everything tasteful

L’album de l’été est sorti en janvier. Invitation à s’enivrer de caiperinha et de pêchés, Everything Tasteful a eu le malheur de naitre en période pandémique. Car plus qu’une musique estivale, Lala&Ce nous propose avec son premier album un hymne à la fête atemporel. Mais la fête à laquelle nous emmène la jeune artiste n’est pas une vulgaire party. On plonge dans son univers sophistiqué, léché, presque dandy, jusque dans son propos impénétrable. Capable de tubes en devenir comme de morceaux spé, à l’aise sur de la trap comme du dancehall, Lala étale sa polyvalence au micro. Dans ce feu d’artifice composite (15 beatmakers pour autant de morceaux), les ambiances s’entrechoquent comme les glaçons de la lean couleur féministe. 

Pluie annoncée, juste une p’tite pill, j’suis lancée
Une chute romancée, juste un peu d’pluie annoncée

Parapluie

Focus track : In luv again. Morceau d’une redoutable efficacité, puisqu’à peine lancé, la température monte et l’on se met à rêver d’une plage tropicale aux reflets azurs. 

2- Jazzy Bazz, Esso & Edge – Private Club

Private Club est le fruit d’une collaboration fructueuse entre Jazzy Bazz, sûrement le plus connu des trois, EDGE et Esso Luxueux. Le membre de l’Entourage est toujours aussi efficace. Il profite de cet album en commun pour moderniser son univers et ses lyrics. Surtout, il s’essaye sur des prods où il n’a pas l’habitude de s’exercer. EDGE, membre du collectif Grande Ville, est le backeur de Jazzy Bazz sur scène, avant que le Covid-19 vienne gâcher la fête. Quant à Esso Luxueux, il est également issu de Grande Ville. Ce trio d’amis s’amuse ensemble, naturellement, sans jamais tomber dans l’insuffisance. Le projet brille par sa singularité et un esprit unique, alimenté par cet univers de club. Les trois artistes sont présents de manière égale sur l’ensemble du projet. Si vous êtes passés à côté, on vous conseille fortement d’aller effectuer un tour dans le Private club, tenu par les trois Mc’s. 

Focus Track : Fascinant. C’est sûrement le morceau qui résume parfaitement cette alchimie spontanée entre les trois artistes. Il est composé d’une instrumentale dynamique, haute en couleur, s’associant aux différents flows de Jazzy Bazz, Esso Luxueux et EDGE. 

1- SCH- JVLIVS II

Les suites d’un premier opus réussi flirtent souvent avec le fiasco. Avec JVLIVS II, SCH, en grand fan du Parrain, parvient toutefois à rendre une seconde copie aussi lumineuse que la première. Dans la continuité de la qualité du tome I, cet album l’est aussi dans sa construction. La narration de José Luccioni fait respirer le fil des tracks. La production se révèle toutefois plus éclectique que sur JVLIVS. Katrina Squad laisse un peu la place à d’autres talentueux beatmakers (BBP, Meryl, Zeg P, Sofiane Pamart), ce qui a le mérite d’enrichir les tons du projet. Au sommet de son art, le S change de flows comme il change de flingues ou de costumes, aussi brillant dans l’égotrip que l’introspection. Les multiples identités de Jvlivs se déploient et se confrontent, truand menaçant sur Crack ou trentenaire désabusé sur Raisons. Tel un héros de tragédie grecque, SCH se démène avec son destin au fil des tracks, jusqu’à Loup Noir, conclusion grandiose d’un album accompli. 

J’attends le « Merci pour l’ascenseur », quand les mensonges ont l’air sincères, j’monte à pied comme la vérité

Zone à danger

Focus Track : Zone à danger. Morceau magistral autant dans l’interprétation que dans l’écriture. Dans ce qui est sans doute son meilleur registre, SCH nous bombarde d’émotions, de la rage sociale à la douleur amoureuse.  

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