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on refait le rap

On refait « On refait le rap ».

Stéphane, notre adorable rédacteur en chef, bien au courant de l’actualité du monde du rap français a eu la gentillesse de partager sa trouvaille ; un nouveau talk-show : On refait le rap. J’ai cliqué, j’ai écouté les premières secondes, j’ai su que mon cœur sensible allait s’affoler mais j’ai tenu bon… Peut-on se plaindre de souffrir si l’on était consentant ? Retour sur un visionnage des plus démoralisants.

Premières images : Olivier Cachin et Mouloud Achour suivis par Sear et Jean-Pierre Seck assis face à face dans ce qui semble être l’antre d’un collectionneur compulsif de vinyles… L’idée est là, l’intention n’était pas mauvaise et les personnages ne me sont pas antipathiques, comment alors ces presque douze minutes ont-elles pu hanter mes nuits ? C’est fort simple. Ils ont tenté de répondre à une question intéressante : qui sont les nouveaux MCs du rap français ?

Me voilà happé, captivé par ce sujet qui me fait découvrir des dizaines d’artistes pour mon plus grand plaisir depuis des mois, des années. Je m’attendais donc à entrevoir la démonstration magistrale de spécialistes relativement reconnus ou de passionnés tout du moins ! Quel grand naïf je fais… Amis lecteurs, quel fut mon désarroi quand Mouloud Achour a osé dire et répéter que, aujourd’hui, « tous les rappeurs font vraiment tous la même chose ». Après tout, peut-être suis-je de ces hypocrites qui prétendent percevoir les nuances infimes d’œuvres hermétiques, mais il ne me paraissait pourtant pas idiot d’affirmer que Lucio Bukowski et Lacrim, c’est différent. Il est nécessaire que chaque artiste trouve son public et cet article ne prétend pas ériger une hiérarchie artistique de la « nouvelle génération de rappeurs français », mais simplement essayer de comprendre s’il suffit de citer quelques noms de MCs médiatisés pour avoir fait le tour de la question.

Jean-Pierre Seck a pourtant dit dès le début de l’émission « en indé’, c’est assez productif » alors pourquoi n’en parlent-ils pas ? Oui, j’ai regardé cette émission un très (trop) grand nombre de fois pour que rien ne m’échappe et, non, le rap indépendant n’y est pas représenté : exit tous ces jeunes talentueux qui, pour des raisons variées, ne sont pas signataires de contrats dans les majors de l’industrie du disque. Et, même sans parler d’indépendance pure, exit tous les artistes produits par des labels modestes ou autogérés ! Exit alors ceux qui m’ont redonné récemment l’envie de creuser sur internet pour dénicher de nouvelles perles. Pas de jeunes loups parisiens des collectifs qui pourtant ont su faire leur place comme l’Entourage, 1995 ou la 75ème Session, qui redonnent le goût du rap à une (très) jeune génération mal partie pour le développer. Pas de lyricistes bordelais comme Fayçal, absence totale des lyonnais de l’Animalerie, des belges de la Smala et de dizaines d’autres artistes à la notoriété bien assise. Absence finalement de tous ceux qui ne font pas assez de clics pour exister dans ce genre d’émission.

J’y ai cru quand j’ai vu apparaitre L’indis puis La Caution. J’exagère, c’est vrai, parce que L’indis, aussi brillant soit-il, est loin d’être le rookie de la scène rap et, pour La Caution, même problème. Cependant, je pensais que de telles références allaient aiguiller nos quatre compères vers de jeunes artistes s’y apparentant. Malgré un court extrait d’Orelsan, bel exemple du rappeur décalé, geek et fainéant assumé qui parvient à tout rafler depuis sa charmante ville de Caen, les choses ne vont pas en s’arrangeant. Ma naïveté m’aurait joué un nouveau tour car l’extrait suivant dans l’émission provient d’un clip de Jul, un artiste qui, à la manière de Doc Gynéco (pourtant à tort), ferait bien de s’auto-classer dans la variet’ au lieu de s’évertuer à prétendre faire du rap.

Éclair de lucidité : un nouvel espoir. Après huit minutes de supplice, Mouloud Achour nous fait part de ce qu’il faut considérer comme une manifestation divine, un sursaut de génie. Il confie en effet que « les bouffons ont pris le pouvoir » et que ce sont « les signatures des majors qui donnent le La » avec « la politique du clic ». Comment contester de telles déclarations ? Elles sont, sans l’ombre d’un doute, défendables et même parfois avérées. Mais quel crédit leur donner quand elles proviennent d’individus qui ont consacré douze minutes à promouvoir ces artistes ? Et si ce n’est pas de la promotion, permettons-nous au moins de leur rappeler qu’en ne citant volontairement pas les rappeurs moins connus au potentiel important, ils contribuent à la mise en place d’une hiérarchie infâme avec, à son sommet, ceux que Mouloud Achour appellent les « artistes artistiquement insignifiants ».

Voir ces quatre individus pointer du doigt « le public qui n’est pas éduqué au rap » me fait doucement rire car non messieurs, ce n’est pas en offrant une si belle exposition aux artistes qui ne semblent pas épouser votre vision du rap que vous permettrez aux plus jeunes d’aimer ce que nous aimons. Alors oui, il nous reste un espoir, celui d’internet et des médias libres et spécialisés qui tentent malgré une visibilité réduite d’intéresser un public nouveau tout en enrichissant les habitués et les experts. Et enfin oui, on peut souffrir même si l’on est consentant. Après de multiples visionnages de ce premier épisode, le rap ne me semble ni refait ni en meilleure forme mais au contraire à nouveau réduit à une minorité d’artistes médiatiques. Et moi, j’ai entamé une réécoute minutieuse de mes albums préférés pour tenter d’oublier ces interminables douze minutes. Merci, Stéphane, pour cette somptueuse découverte.

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One comment

  1. Putain je connaissais pas ces vidéos moi qui aime bien Olivier Cachin… oui il parle que des trucks les plus connus il ne relèvent pas les artistes pas connu qui sont eux très intéressants mais pour autant est ce leur but ?

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