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[PLAYLIST] Joyeuse Anti-Saint Valentin !

Une nouvelle fois, vous n’avez pas pu échapper à la Saint-Valentin, cette journée censée célébrer l’Amour avec un grand A, une fête capitaliste et finalement assez désespérante. Si comme nous, la Saint-Valentin ne vous inspire qu’une grimace, nous vous avons mitonné une playlist rap français 100% ruptures et drames amoureux (pour se rappeler que c’est toujours pire chez les autres). À écouter sans modération !

 

Bon, on vous avoue, on a été rapidement blasés par cette obligation imposée à l’amooouuur et au bonheur qui règne chaque année autour de cette période. Une date à cocher dans le calendrier pour les couples, une overdose de sentiment dégoulinant et culpabilisant pour les célibataires, la Saint-Valentin est une épine dans notre pied dont on voulait absolument se débarrasser. Non, on n’a pas envie de chocolats, ni de restau, bref, rien de ce que l’on peut nous vendre comme substitut de bonheur. Pour honorer l’esprit initial de la Saint-Valentin, c’est-à-dire une journée réservée aux célibataires et victimes de chagrins romantiques, nous vous avons préparé avec soin une playlist spéciale 14 février. Les meilleurs morceaux de rap français au sujet des ruptures et autres désastres du cœur (et non, on ne parle pas de Lomepal ou Dinos, c’était trop facile…).

 

 

Salif – Elle est partie 

C’est sur son premier album que Salif, âgé à peine de 20 ans, raconte ses déboires sentimentaux sous fond d’un thème qui imbibe tout le projet : la boisson.  Le morceau nous fait découvrir un Salif qu’on imagine accoudé au bar, aussi lucide que marqué par l’alcool retraçant son amour perdu à cause de son penchant pour la bouteille : “Et ouais je tise à mort au lieu d’essayer de créer une vie de famille”. Le morceau est mélancolique et ponctué par des chœurs féminins au refrain. Le tout est dynamisé par un Salif alcoolisé qui malgré la tristesse du récit prend la peine de s’amuser avec les placements et les intonations avec impertinence.  Aucune haine contre celle qui l’a laissé tomber, juste des regrets, et une prise de conscience qu’il a envie de partager à l’auditeur “Moi si je t’en parle, c’est parce que maintenant je sais que si tu fais pas d’efforts, tu briseras ton couple et ce même si ta femme est forte” Si Salif nous livre la morale de l’histoire, il est néanmoins impossible pour lui de lutter contre ses travers, surtout dans ce contexte de rupture encore fraîche. Ironiquement, la cause de son récent malheur devient alors son seul réconfort : “ Eh barman, j’ai fini de raconter ma vie, allez sers-moi une autre bouteille” lâche t’il à la fin de son ultime couplet. Un morceau classique pour un album qui l’est tout autant.

Soklak – After L 

C’est sur un son jazzy, agrémenté d’un air de la symphonie n°3 de Brahms que Soklak raconte tous les états d’âme qui peuvent suivre une séparation. Le rappeur interpelle directement l’auditeur (“il pleut sur ton cœur, ta princesse est partie”), et décrit le syndrome post-rupture et les conséquences que cela peut engendrer sur de relations futures : “Flippant de revivre un épilogue où la douleur est vive”. Le morceau est également l’occasion pour lui de développer une critique acerbe des femmes matérialistes et superficielles qu’il a pu croiser sur son chemin : “certaines aiment nos vies de bohème et les poèmes qui en découlent, mais quand t’es sur la paille, leurs sentiments s’écroulent”. Au fur et à mesure que la fin du morceau approche, on découvre un Soklak de plus en plus blessé et blasé par l’amour. Celui-ci se retrouve alors être finalement dans la même situation que l’auditeur interpellé au début du morceau : “il pleut sur mon cœur, ma princesse est partie…”  Un texte bien senti qui donnerait (presque) envie de se faire larguer histoire de pouvoir l’apprécier à sa juste valeur.

Jazzy Bazz – Trompes de Fallope 

Les histoires d’amour finissent mal. Ce n’est pas Jazzy Bazz qui vous dira le contraire. Spécialiste du spleen parisien, le rappeur du 19e nous met en garde contre les dangers de l’amour et de ses déceptions sur le titre Trompes de Fallope. Petite perle de son album P-Town, le titre raconte une rupture amoureuse sur une prod mélancolique et sensuelle d’Ikaz Boi. Accompagné d’un clip incroyable qui plaira aux plus cinéphiles d’entre nous, Trompe de Fallope doit impérativement être écouté jusqu’à la toute fin du morceau. La chute écrite par Jazzy Bazz est un pied de nez étonnant qui fait tout le génie de ce titre si bien nommé. Bref, c’est un texte tout en finesse, qui décrit la déception amoureuse et l’adultère avec classe et élégance, sans tomber dans le cliché. Trompes de Fallope est un morceau aux jeux de mots malicieux et métaphores pétillantes pour décrire une situation finalement assez banale, que certains d’entre nous ont peut-être déjà pu vivre… Finalement, quand Jazzy Bazz nous dit « l’Amour est un échec qu’on aime renouveler », on ne peut qu’être d’accord…

Sages poètes de la rue – No one to care 

Sur ce morceau, les trois rappeurs de Boulogne narrent à tour de rôle une histoire d’amour qui les a rendus malheureux.  Premier à démarrer, Melopheelo ne dit rien sur la cause du départ de sa bien-aimé, il évoque surtout les conséquences de cette rupture sur sa vie quotidienne dont il semble désormais simple spectateur. Les derniers couplets de son récit sont plutôt alarmants : “Dans mes yeux, c’est l’océan, j’pense à m’ouvrir les veines”. Quant à Zoxea, il ne s’en cache pas, il s’est comporté comme une merde : “Et quand j’étais soul, dégoûté, et ben j’faisais parler mes mains sur elle”.  Il décrit une relation violente et malsaine sous fond de jalousie. Même s’il estime avoir “honte” et être conscient que “tout se paie” on se dit forcément que cette rupture est largement méritée. Le potentiel côté fictif de son histoire ayant du mal à prendre pour l’auditeur tant les dates et les détails sont précis : “Putain, j’ai merdé, verdict : janvier 98, j’subis l’verdict, à force d’emmerder ceux qui vous aiment, votre vie devient merdique”.  Quant à Dany Dan, il conclut No one to care par une histoire d’amour plus légère même si problématique : le séducteur de ces dames s’est pris d’affection pour une femme déjà en couple. Un couplet de très haute qualité (et un refrain “dingue” dont il a le secret) vient illustrer cette histoire d’amour impossible où comme à son habitude le grand Dany se balade sur l’instrumental avec une facilité déconcertante. (La même facilité qu’il semble d’ailleurs avoir eu pour “aborder cette fille dans un square sous une lune satinée dans sa jupe marinée.”) À noter, l’utilisation du sample de Poverty’s Paradise de 24 carat black venant apporter une touche de mélancolie au résultat final.

Diam’s – Poussière

On retient souvent de SOS, le dernier album de Diam’s, les polémique sociétales, bruyantes, et islamophobes qui ont entouré sa sortie. Pourtant, quand on réécoute ce projet aujourd’hui, on redécouvre que cet album est celui de l’intimité, et du silence. « Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé. » Si Diam’s cite telle quelle la première partie de la phrase de Lamartine, elle prend en revanche son temps pour développer la description de la deuxième partie de la phrase, ce dépeuplement douloureux, sur quatre minutes de morceau. Elle développe ainsi l’évocation de ce quotidien grisâtre, de son « corps meurtri« , avec un sens du détail allant jusqu’à la fameuse « poussière dans l’œil ». Elle parle surtout de cette solitude crasse dans laquelle elle se retrouve plongée, et dont ni ses amis, ni même sa mère ne semblent pouvoir l’extraire, puisque tout est dépeuplé. Avec ce morceau, Diam’s fait ce qu’elle sait faire de mieux : parler de son intimité, de sa nudité, pour que chacun puisse mieux se reconnaître dedans.  Des larmes dans la voix, elle s’adresse directement à nous : si personne ne peut comprendre sa douleur dans son entourage, elle compte sur nous pour entendre, sentir cet SOS, en écoutant sa voix trembler.

Oxmo Puccino – Le jour où tu partiras

Prémisse du cynique L’amour est mort (puis, du non moins cinglant L’amour est mort, mets…), Oxmo Puccino aborde dans ce morceau les pires travers qu’on peut retrouver au sein du couple, notamment le mensonge et l’adultère. Il met surtout principalement en lumière la routine qui gangrène peu à peu la relation de couple pour en arriver à la conclusion que l’amour comme tout bien de consommation est périssable. K-Reen en charge du refrain appuie cette image d’un amour éphémère toujours exaltant au début  (“la magie des premiers jours”) qui finit tôt ou tard par se faner (“rien ne dure toujours”). Une vision pessimiste des relations amoureuses qui trouve son paroxysme avec cette phrase pleine de cynisme et d’ironie : “Elle subit comme celle qui aime quelqu’un qui ne l’aime plus, son prochain ex-mec vient et lui dit “ne pleure plus”. Un regard froid sur les relations humaines et des mots qui appuient toujours là où ça fait mal pour celui qui enregistra des années plus tard l’album Cactus de Sibérie. Un morceau de plus de 20 ans qui contrairement à l’amour selon Oxmo a peu de chances de périr un jour.

Jul – Dans tes yeux

On ne compte plus le nombre de morceaux du rappeur marseillais venant célébrer sa passion pour une femme et vanter une une relation idyllique tout en faisant l’éloge de certaines parties du corps féminin. Ici, pas de fessiers rebondis ou de gros décolletés à l’horizon, juste des yeux reflétant un amour qui s’éteint. (“c’est fini j’lai vu dans tes yeux” ressasse-t-il au refrain) Si Jul rappait déjà dans le passé quelques déceptions amoureuse avec une naïveté touchante, la thématique se fait plus présente depuis quelques temps. Alors qu’il fait de plus en plus état des répercussions négatives de sa vie d’artiste sur son quotidien, il semblerait que celle-ci impacte également ses relations amoureuses : “je taffe trop j’suis pas libre j’rentre tard j’suis pas ivre”. Au-delà de la célébrité, Jul évoque avant tout une histoire tristement ordinaire entre amour et haine, dispute et réconciliation et un trop plein de sentiments empêchant de “rester ami” avec l’être aimé. Si les couplets du rappeur marseillais ne sont pas particulièrement chargés (comme souvent avec Jul pour ce genre de thématique), il arrive néanmoins à nous faire véhiculer quelques émotions grâce à une interprétation personnelle touchante tout en utilisant les gimmicks de ses succès habituels.

Damso – William 

Point final de Lithopédion, William est un morceau touchant, dans lequel Damso se livre à cœur ouvert sur sa séparation avec la mère de son fils et éclaire tout l’album sous un nouvel angle. William, du vrai nom du rappeur William Kalubi, évoque les souffrances d’un homme dévoré par ses vices, blessé par une histoire d’amour qu’il sait vouée à l’échec. Seul avec sa douleur et ses regrets, Damso essaie de retranscrire ce sentiment amer laissé par un amour qui s’éteint. Tout en nuance, le morceau ne compte qu’un unique couplet et a été enregistré en une seule prise, montrant bien toute la difficulté du Belge à écrire et rapper cet aveu. Morceau de rupture étonnant pour le rappeur du « sale », William nous laisse entrevoir Damso comme un artiste oppressé par le poids de son succès et ses propres défauts. Finalement, c’est un poète qui a bien du mal à poser des mots sur ses déchirement intimes : « Ça d’vient difficile même d’en parler ». Comme pour beaucoup d’entre nous au final.

Zuukou Mayzie – Cons

Au milieu de son projet Disneyland, bourré d’images délirantes, de morceaux euro dance, et de mauvais goût assumé, Zuukou délivre un morceau bien particulier avec Cons, ballade de rupture à la mélancolie et aux remords bien réels. Ici, pas de paillettes, pas de kitsch, sur une production épurée, la voix de Zuukou paraît presque normale, pour évoquer une rupture presque banale, du genre de celle qui ne font pas l’objet de chansons en général. Pourtant, ce sont peut-être les plus tristes, les plus grises, les moins glorieuses. Ces ruptures, ce ne sont pas celles où l’on cesse d’aimer l’autre, mais celles où l’on ne l’a « jamais aimé, [notre] amour« , on ne l’a « jamais aimé, juste un jour« , comme le fredonne Zuukou dans une référence au tube de Manu Chao. Avec une noirceur et une sincérité glaçante, le membre du 667 décrit cette relation où « il ne ressentait rien, un peu comme un Nazgûl. » Si cynisme et ironie ne sont jamais loin, comme quand Zuukou reconnaît « Tous ces « Je t’aime » j’voulais juste fourrer », les excuses et les vœux de bonheur (« J’espère que t’as trouvé ton conjoint ») pour celle qui l’aimait le sont tout autant. On ne peut que détester le personnage de Zuukou à la fin de ce morceau, mais on ne peut aussi que se rappeler avec honte les fois où l’on est sorti avec quelqu’un pour des raisons moins glorieuses que ce que l’on voudrait se laisser croire.

Vîrus – L’ère adulte

C’est le jour où il faut s’aimer plus que les autres, le jour de la petite attention téléguidée qui fait quand même plaisir. Le clip de Vîrus, L’ère adulte, met en scène ces caricatures de couples qui rebutent l‘asocial, des caricatures venues célébrer leur passion de façade dans un restaurant. Parmi ceux-là, une famille dont le papa n’est pas avare de blagues grasses ni de baffes faciles, une daronne blonde retraitée de la bonasserie et leurs deux mini Tuche. On a aussi un couple à sens unique avec la fille attachée à son queutard de prince charmant qui reluque une serveuse pas farouche. Ladite serveuse qui vient de se prendre une main au cul par un autre champion que sa chère et tendre finit bien heureusement par gifler. Pendant ce temps, un Kevin s’enjaille sur le karaoké de Christophe Maé et le cuisinier fait des folies avec une dinde façon Patrice Evra. Enfin la dernière entité amoureuse représente les nouveaux amours tout beaux tout frais qui ne se décollent pas les langues et seraient sans doute prêts à niquer sur la table devant les autres pour exposer leur amour publicitaire. A l’opposé de cette effervescence de non-passion, un mec à la tête cabossé qu’on ne remarque pas, subit de plein fouet la solitude qui lui colle à la chemise. Et puis Vîrus, son contraire, qui lui s’amourache bien volontiers de cette solitude non sans cynisme, prétextant devant l’expression forcée de tous ces sentiments faiblards, dépassés, à sens uniques ou ennuyeux qu’il est tout aussi bien de « libérer de belles giclées en Belgique et aux Pays-Bas »

 

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