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PNL – Que La Famille

A l’heure où un autre acteur du 91, Sinik, se ramenait avec un album d’un autre temps sur fond de thèmes bienpensants et de flows moyenâgeux, PNL débarque avec un projet unique en son genre prêt à chambouler le mouvement. Inscrit dans l’ère du temps mais avec une partie des rappeurs de rue dans le rétroviseur, l’album Que La Famille est un ovni musical qui déroutera plus d’un puriste.

Illustré par une pochette à l’esthétisme frugal, l’album ne pouvait qu’attirer l’attention. Sur fond blanc, un cœur divisé entre le rouge carmin de l’hémoglobine et les billets pourpres. Image d’un corps irrigué par l’argent, qui se meurt à petit feu car vivre d’amour et d’eau fraiche n’est pas dans l’éthique de PNL. Au centre de ce cœur, une sorte de médaillon fixé, orné d’or, avec une photo de famille, de classe, on ne sait pas. A quoi pouvait s’attendre l’auditeur avec une illustration si originale ?

« Chez moi le cœur est froid d’puis l’œsophage »

Ademo et N.O.S, content leurs histoires avec sincérité et authenticité, mésaventures de streetard avéré sous mélancolie chronique. Mélange bien surprenant entre des mélodies mielleuses, presque diabétiques, et des lyrics bruts aux thèmes crus. Pas de figure de style ni de plume subtile, on va droit au but pour dégueuler ce qu’on a sur le cœur. Argent, alcool, frères, drogue, deal, femmes (ou putes quand « cette tass’, sur Les Champs, traine devant Häagen-Dazs »), sont les maitres-mots de ce douze-titres. Le rap est similaire au deal, c’est par nécessité, pour récolter un billet. Deal, comme indiqué ci-dessus, est un thème récurrent. D’ailleurs, c’est une ode à la vente de stup’ qui sert d’exorde à l’album avec le titre Je Vis Je Visser : marchands de misère et briseurs de rêve, voilà comment les deux essonniens se présentent. Cette activité est animée par le désir, le besoin viscéral d’argent. Ce besoin guidé par un subconscient onirique à La Petite Voix chuchotant « Faut du biff dans tes ches-po, prend des risques faut des euros »

Tout ça dans un parcours solitaire, teinté de haine, PNL est à la Recherche du Bonheur dans l’idée qu’ils ont tellement trimé jusqu’à maintenant que les remords ne seront pas de la partie. La fin justifie les moyens, disait Machiavel ; La faim justifie les moyens, disait IAM ; Pas le temps pour les regrets, disait Lunatic ; « L’avenir des miens au péril du tien » diront Ademo et N.O.S. Et puis pourquoi avoir de l’empathie quand les autres n’en n’auront pas ? Cette vie c’est la jungle et tout le monde veut le trône « Dans la savane comme Simba / Les traîtres veulent la couronne à Simba /Elle coûte chère la balade à Simba ». C’est d’ailleurs dans Simba qu’on en apprend plus sur leur rapport aux femmes. Si dans La Petite Voix, ils confiaient qu’ils se rappelaient mieux de leurs clients que de leurs ex, ici ils affirment qu’ils n’ont jamais eu de soutien de la part d’une femme et qu’ils ont appris à faire sans, la priorité n’est pas là. Pas besoin d’affection non plus, embrassons et brassons nos billets et ça fera l’affaire. « Pas besoin des voix d’une femme, j’connais pas celles de ma mère / Pas besoin qu’on m’aime en fait, j’ai juste besoin qu’tu quittes ma tête »

Inspiré, sur la forme, par des sonorités très avant-gardistes, très américaines, ce groupe a apporté un style sans précédent, en France. Des productions très aériennes, à moitié psychédéliques, avec des effets sonores à profusion, on pourrait écouter l’album en Danois, le plaisir musical ne serait pas ébranlé. Vocoder totalement assumé, « j’suis pas un rappeur, sans vocodeur j’suis claqué ». Cette technique, qui déchaine les passions et fait souvent grincer des dents est, ici, totalement maitrisée et donne une couleur musicale unique à l’album. Des refrains chantés, de qualités, pas le genre à partir dans des aigus crissant comme un certain marseillais, en chemisette à fleurs, que nous nommerons J Le Maudit. Des flows très éclectiques, sortis de l’espace ou des abysses du goudron, tout ça pour livrer un discours irritant, d’une génération dépravée par les vices de nos sociétés. Dans un titre hors-album, Mowgli, Ademo rappait « C’est pas le vocodeur qui me rend plus tendre », dernière citation pour clore la chronique et insister sur la tuerie de cet album.

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