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Premier semestre 2020 : les coups de cœur de la Rédaction

Si, au cours du premier semestre 2020, les projets de Laylow, Népal ou Isha ont convaincu et marqué l’ensemble de l’équipe, on a quand même voulu doubler le Top 5 sorti il y a quelques jours d’un petit article sur les coups de cœur ayant particulièrement touchés chacun des membres de la Rédac’. Éclectique, cette sélection reflète la diversité des influences qui parcourent aujourd’hui le rap francophone. Elle montre aussi que, à la lisière d’un Game dont les carcans promotionnels et artistiques se font toujours plus lourds, des rappeuses et des rappeurs se révèlent encore capables de créer une musique complexe, hybride, innovante.

Zuukou Mayzie – Primera Temporada 

Lorsque l’on évolue au sein du collectif le plus crépusculaire du rap français, et que l’on pratique un rap gorgé de couleurs, on est obligé d’aimer les contrastes. Et ça tombe bien, Zuukou Mayzie, l’icône pop du 667, les manie à merveille. Jusqu’ici, Zuukou était même apparu déchiré entre deux univers irréconciliables : un premier, fait d’électro-pop kitsch, et un second, étouffé et obscur, fidèle à son collectif d’origine. Primera Temporada réconcilie les deux facettes du rappeur. Zuukou ne se contente pas de juxtaposer les deux univers, il mélange les couleurs. Et des contrastes, il passe aux nuances.

Les influences électroniques et R&B de l’artiste se mêlent à son goût pour un rap sombre et intrigant, et l’on ne distingue plus toujours les couplets des refrains. Le rappeur traîne sa nonchalance savoureuse d’un univers à l’autre avec une facilité déconcertante, entre les basses saturées et les synthés cristallins, entre le jogging et la veste de costard. L’humour et la rêverie se côtoient sur ce projet abouti, et l’on se dit que notre anti-héros préféré du rap français pourrait bien devenir un héros à part entière lors de la prochaine saison des aventures de Zuukou.

Focus track : De l’aveu de Zuukou lui-même, Vincent constitue sans doute le morceau le plus abouti de la carrière du rappeur. On ne peut que danser au ralenti sur cette rêverie suspendue au-dessus de la réalité, empreinte d’une douce nostalgie amoureuse embrumée par les vapeurs de l’alcool, pendant que les mots de notre zoukeur doux préféré dialoguent avec une production inspirée du producteur de génie Nujabes.

Par Guillaume Echelard

Coehlo – Odyssée 

Après avoir affiché de belles promesses sur son premier EP Philadelphia, Coehlo avait déçu avec son second EP, Vanités. Une déception qu’il concède lui-même à demi-mot, lui qui a expliqué en interview que ce second projet avait été fait un peu à la va-vite pour pouvoir sortir avant la tournée de Vald dont il a fait les premières parties (et avec qui il partage la même équipe de management, Le bureau des artistes, avec notamment Merkus à sa tête). Pour ce troisième projet, le rappeur originaire de Nantes a donc décidé de prendre son temps pour pouvoir le sortir dans les meilleures conditions. Et il a eu bien raison, car Odyssée est une des très bonnes surprises de ce début d’année : que ce soit à travers des titres Vie est bonne, Murciélago, Liqueur, Odyssée ou Yeyo, Coehlo semble avoir trouvé une identité musicale qui lui est propre, avec notamment une science du refrain imparable. Un projet que Booba en personne a soutenu dans sa story Instagram, et visiblement de façon désintéressée. Et on a beau penser ce qu’on veut du b2o aujourd’hui, s’il y a bien quelque chose avec quoi il continue à mettre tout le monde d’accord, c’est son oreille musicale et sa capacité à repérer les talents de demain… 

« J’suis comme une allumette dans un bidon d’essence
J’ai grandi dans le rap, ce depuis la naissance
Y a qu’ça qui m’intéresse, pourquoi j’mentirais ? 
J’suis timide sans raison, je vis dans la méfiance »

Focus track : Yeyo. Premier extrait de l’EP dévoilé, aujourd’hui le clip en est à plus de 200 000 vues au moment d’écrire ces lignes. Pas mal pour un gars qui plafonnait à 30 000 vues l’année dernière… Sans doute le titre le plus ouvert du projet, on y voit le rappeur dans son quotidien de livreur Deliveroo. Une volonté d’assumer sa vie de tous les jours, sans fioritures, assez rare pour être soulignée.

Par Bouye

Sameer Ahmad – Ezekiel

Trois ans après l’EP Jovontae, Sameer Ahmad ressuscitait, le 15 mai dernier, Ezekiel, alter-ego du rappeur de Montpellier et moitié du groupe fictif Un Amour Suprême. Par certains côtés plus mélancolique, plus éraillé que son prédécesseur, ce projet composé de sept « Mèches courtes  » donne à entendre les tribulations d’un « jeune espoir » du rap sur une « étrange planète », aventures dans lesquelles transparaît par bribes le vécu de Sameer Ahmad, rappeur « transhumant » épris de chill, de skate et de « jazz de G’s ». A Ezekiel, Sameer Ahmad prête les méthodes d’écriture qui font de son œuvre l’une des plus singulières et passionnantes du rap français. Les jeux de mots croisent les références cinématographiques, les revendications succèdent aux allusions à quelques monstres sacrés de la culture Hip-Hop, tandis que le flou entourant l’identité véritable du locuteur nous maintient dans un état réflexif constant. Servi par quelques très belles prods, Ezekiel est un opus superbe, difficile à analyser (comme sont tous les albums de Sameer Ahmad, de Perdants Magnifiques à Apaches), dont seule l’écoute attentive permet d’appréhender toute l’intelligence fantasque déployée derrière.

« J’suis pas un clandestin j’suis dans la transhumance, j’bricole un grand destin, j’pisse dans l’sens du vent »

Focus track : Mèche courte V, sur une instru magnifique, Sameer Ahmad / Ezekiel fait varier sa façon d’asséner les phrases, multiplie les références diverses, le tout sur deux petites minutes, courtes et géniales.

Par Théo Roque

Meryl – Jour d’avant caviar

En février, Meryl sortait son premier projet Jour d’avant caviar après avoir surfé sur le buzz de ses titres Wollan (qui nous avait tapé dans l’oreille), Béni ou Ahlala. 12 titres mélangeant trap, dancehall, zouk à la pointe de sa plume acérée, en créole, anglais ou français. Une écriture abordable qui tape dans le mille, des sons chaloupés au potentiel de bangers et de multiples facettes qui se dévoilent tout au long de cette mixtape, comme un diamant enfin à la lumière.

Déjà toplineuse dans l’ombre pour Niska, SCH, Shay ou Timal, Meryl fait une entrée plus que remarquée dans le rap français au rythme des prods des très bons Pyroman, Le Motif ou encore Junior Alaprod. Martiniquaise d’origine, Cindy Elismar de son vrai nom, navigue avec une facilité déconcertante entre les mélodies variées qui composent ce projet, entre tubes en puissance et rap chanté au style “caribéens” (vague c’est vrai, mais il est dur de trouver des termes synthétisant les multiples orientations musicales qui résonnent à nos oreilles). Excellent et super enthousiasmant, Jour d’avant Caviar est un vrai vent de fraîcheur qui souffle sur le rap français. Et nous ne sommes pas les seuls à le dire … A écouter et ré-écouter sans modération.

Focus track : Dur de choisir un seul titre, mais impossible de passer à coté de La Brume, ne serait-ce que pour la place accordée à Le Motif.

Par Julie Boursier

8ruki – Green Lobby

D’habitude peu cité dans les médias musicaux, 8ruki ne reste pourtant pas moins un artiste éminent de la scène underground française. Son cinquième projet sorti en mars dernier, Green Lobby, s’apparente à un concentré de son univers musical, aussi divers que complexe. Son style s’articule autour d’instrumentales parfois rythmées par de larges basses 808 mais bien souvent légères, mélodieuses et aériennes, contrastées par sa voix caverneuse et ses flows novateurs.

Avec Green Lobby, 8ruki nous présente un style musical qui ne ressemble à rien d’autre dans le rap français : le mixage, les prods, les flows, et les featurings : tout semble parfaitement maîtrisé dans un style qui lui est propre. Ancré depuis quelques années dans la scène soundcloud française, l’artiste multiplie les connexions : Majdon Co, Kasper 939, Freakey! et JMK$ sont présents sur le projet (pour ne citer qu’eux) et c’est aussi ce qui fait sa force. Loin d’être un loup solitaire arpentant les steppes de la scène francophone, 8ruki marche en meute, soutenu de près par son label 33R ou son collectif 8scuela. Une diversité de fréquentations qui le pousse à entretenir toujours plus cette ouverture d’esprit et cette recherche de nouvelles sonorités, condensées dans ce 10 titres qui marquera définitivement cette année 2020.

Focus track : Véritable banger de cette opus, Rukidonmaj s’ouvre sur une première basse ultra saturée, juste histoire de donner le ton. Suivi par une mélodie aux airs de glitchs, elle prépare le terrain de jeu idéal pour que 8ruki et Majdon Co viennent placer leurs meilleures mélodies, un coup de maître.

Par Tim Levaché

Même en additionnant notre Top 5 du rap francophone et cette sélection de coups de cœur, quelques albums et EPs marquants des six premiers mois de 2020 restent dans l’ombre. Impossible d’en dresser ici une liste exhaustive, mais on vous recommande grandement de laisser traîner vos oreilles sur les projets de Freaky, de L’Uzine ou de Twinsmatic.

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