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Quand le rap français fait son cinéma

Alors que La Rumeur vient tout juste de sortir son film Les derniers Parisiens, et en attendant ceux de Kery James, Niro ou encore Jul, retour sur les films que nos chers rappeurs made in France ont dirigé en tant que réalisateur.

Le plus gros succès :
Comment c’est loin, réalisé par OrelSan

Dans cette « comédie semi-musicale » (c’est eux qui le disent), OrelSan et Gringe, qui n’ont jamais réussi à sortir un morceau en 5 ans, ont 24h pour en faire un avant que leurs producteurs ne les jettent dehors. En mélangeant vie réelle et fiction, OrelSan raconte l’époque, la peur de l’échec, la procrastination et l’ennui, dans un film, qui, malgré quelques maladresses, est truffé de bonnes idées. Le tout, avec humour et une certaine mélancolie. Spéciale dédicace à leur pote Claude, alias Claude Urbiztondo Llarch, incroyable de drôlerie. Avec 250 000 entrées en 2015/2016, c’est LE film réalisé par un rappeur qui a le plus cartonné au cinéma.

Celui qui a reçu le plus de nominations :
Qu’Allah bénisse la France, réalisé par Abd Al Malik

Dans cette adaptation de son autobiographie, Abd Al Malik raconte le parcours de Régis, un jeune rappeur originaire de Strasbourg qui souhaite monter un groupe de rap avec ses potes. Tourné dans un noir et blanc qui évoque La Haine (inspiration dont il se revendique), le rappeur/slameur dépeint le quotidien qui était le sien, entre manque d’oseille, rap, religion, amour des lettres et petits larcins. Impeccablement interprété, notamment par Marc Zinga qui tient le premier rôle, Qu’Allah bénisse la France est surprenant de maîtrise pour une première réalisation. À noter, les présences de Laurent Garnier (avec qui il a réalisé l’album Scarifications) et sa femme Wallen sur la B.O., ainsi que MC Jean Gab’1, qui fait une petite apparition plus que jouissive. Avec un prix remporté au festival du film de Toronto et plusieurs nominations dont deux aux Césars 2015, Qu’Allah bénisse la France est le film réalisé par un rappeur français qui a été le plus représenté dans des festivals.

Le plus old school :
Comme un aimant, réalisé par Akhenaton

Co-réalisé avec Kamel Saleh, Akhenaton filme le destin tragique d’une bande de potes à Marseille. Bon, on est sur une première réalisation, du coup il y a des moments un peu WTF, notamment lors des scènes d’action. Heureusement il y en a très peu, car le film se concentre surtout sur la vie quotidienne de ces chômeurs qui kiffent la vie malgré la misère sociale qui habite leur quartier. Et là, c’est plutôt réussi : d’une justesse étonnante, les comédiens (dont Freeman, le troisième rappeur d’IAM avant qu’il ne quitte le groupe en 2008), qui sont pour la plupart amateurs, jouent avec une authenticité dont devrait s’inspirer certains long-métrages à gros budget. Sorti en 2002, il est le plus vieux film réalisé par un rappeur français.

Le plus musical :
Conte de la frustration, réalisé par Akhenaton

Quelques années après Comme un aimant, AKH remet le couvert en 2010 avec un téléfilm co-réalisé avec Didier Daarwin et produit par France 2. D’Omar Sy à Leïla Bekhti en passant Oxmo, beaucoup de beau monde ont participé à ce conte musical dans lequel le rappeur marseillais parle cette fois-ci des frustrations liées à la vie d’artiste, entre rêves de gloire et durs retours à la réalité. Malgré quelques belles scènes, on est un peu déçus par cette sorte de comédie musicale qui donne l’impression d’être face à un gigantesque clip. Reste le plaisir de voir quelques têtes connus du rap comme Sako, Faf Larage ou encore Veust Lyricist.

Le plus militant :
De l’encre, réalisé par La Rumeur

Reda Kateb, Béatrice Dalle et Slimane Dazi épaulent Karine Guignard (alias La Gale) dans cette série de trois épisodes de 26 minutes produite pour Canal + et diffusée pour la première fois en 2011. La Rumeur y raconte l’histoire d’une maison de disque qui fait appel à un ghostwriter afin d’écrire des textes pour un slameur. Tout se passe plutôt bien, jusqu’au jour où les producteurs demandent au nègre d’édulcorer ses paroles afin de rendre leur artiste plus « fréquentable »… Fidèles à leurs principes, Hamé et Ekoué dézinguent l’industrie du disque et l’univers médiatique, en dénonçant notamment le ghostwriting et les slameurs (avec en creux, une critique sous-jacente d’Abd Al Malik ?).

Le plus court :
Ce chemin devant moi, réalisé par Hamé

1 an après De l’encre, La Rumeur est de retour avec cette fois-ci un court-métrage. Faisant une nouvelle fois appel à ses potes Reda Kateb et Slimane Dazi (que l’on retrouve également dans leur nouveau film Les derniers Parisiens), Hamé la joue cette fois-ci solo dans ce film de 14 minutes qui s’attaque à une problématique chère aux yeux de La Rumeur : les banlieues. Il y raconte avec talent l’histoire de Slimane, 27 ans, asthmatique et enfant illégitime, qui est envoyé par sa mère à la recherche de son jeune frère. Nommé au festival de Cannes 2002, il est ensuite diffusé sur Arte.

Celui avec le plus de rappeurs :
Karma, réalisé par Dosseh

On connait tous l’attrait de Dosseh pour le cinéma, lui qui a appelé son album Yuri en référence à Yuri Orlov, personnage joué par Nicolas Cage dans le film Lord of War. Un amour qui l’a poussé, en 2013, à co-réaliser un film (en compagnie de Karim Meg) avant même son premier véritable album, sorti en fin d’année dernière. Dans Karma, Dosseh interprète le rôle d’Ahmess, un jeune rappeur qui, sur les conseils de ses potes, stoppe ses activités illégales et tente de se lancer dans le rap-jeu, mais qui est vite rattrapé par son passé. Sofiane, Escobar Macson, Seth Gueko, Niro, Lalcko… Ils ont tous répondu à l’appel du rappeur d’Orléans. Malgré quelques soucis d’incohérences et des raccourcis scénaristiques qui donnent au film des airs un peu chelous (notamment sur la fin), le rendu final est loin d’être dégueu’. Mention spéciale à Seth Gueko, qui nous a bien faits marrer.

 

Auraient également pu être évoqués le plutôt bon African Gangster et le pas terrible Cramés, les deux films réalisés par Jean-Pascal Zadi avec Alpha 5.20 et l’équipe Néochrome, ou encore le nanaresque La vengeance de Morsay (dont on attend toujours le deuxième épisode avec grande impatience).

 

About Clément Bouille

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