[Ressources] Prendre mieux soins des artistes : notre voeu pour 2023 !

4 ans après notre premier article sur le sujet (ICI), la situation continue de se dégrader, dans le rap français, mais aussi dans la musique et plus largement, dans la société.  Plus qu’une lubie des “wokistes” trop sensibles, la question du bien être mental des artistes (et de fait, de tout le monde) est plus que jamais essentielle et mérite de vrais sujets. Pour clôturer ce “focus”, la rédac’ de LREF vous a compilé une liste des ressources actuellement disponibles… 

Mise en garde : ce texte traite de troubles de la santé mentale, d’addictions et de suicide.

Rapper ou mourir ?

Récemment à la sortie d’un concert, nous avons surpris un groupe de fans discutant avec l’une des “stars” de la soirée, faisant pression pour qu’il leur fasse écouter les prochains sons d’un album (même pas encore annoncé), tout en le menaçant de publier de (très) vieux sons  qu’ils avaient réussis à hacker d’un vieux blog obscur… Outre notre effarement, on s’est quand même dit qu’il y avait un vrai problème et que le public avait peut-être un peu trop oublié que les rappeurs étaient aussi des humains avec des états d’âmes… 

En 2019, une étude américaine a révélé que 73 % des artistes indépendants dans la musique souffrent d’anxiété et de dépression. 73% quand même ! Et ce avant la pandémie…
En 2021, le Journal of Psychiatric Research a publié un rapport intitulé « Problèmes de santé mentale chez les professionnels de l’industrie musicale en tournée internationale”, qui a révélé des taux « très élevés » de dépression clinique et de stress par rapport au reste de la population, ainsi que des chiffres de suicide et d’addiction 5 fois supérieurs au taux moyen de la population (américaine). 
Être un fan de musique, c’est aussi voir les crises de santé mentale et de durabilité économique mélangées, devenir de plus en plus visibles. Si ce n’est pas nouveau, il n’est plus possible de les ignorer, sans faire preuve de mauvaise foi. 

Depuis quelques années, une recrudescence d’initiatives associatives ou de recherches sur le sujet ont vu le jour, afin d’aborder la santé mentale avec tout le sérieux qu’une telle crise requiert. Nous vous les présentons ici.
Mais, comme Shkyd dans notre dernière interview (ICI), les experts estiment tous que ce n’est pas assez et qu’un vrai changement de l’industrie et des institutions doit s’enclencher pour voir de vraies améliorations. 

L’équilibre précaire du monde de la musique repose actuellement sur une équation complexe entre mauvaise rémunération du streaming, présence accrue sur les réseaux sociaux des artistes qui transforment leur vie privée en machine à sous et qui sont contraints d’enchaîner concerts, tournées et autres showcases pour s’assurer une vraie rémunération. Les frontières entre le public et les artistes se déforment, leur perception d’eux-même se retrouve liée à des réactions sur les réseaux et aux miroirs déformants des médias, le tout saupoudré par une glorification des addictions. Sans même parler de la capitalisation financière du mythe de l’artiste torturé ou de l’indépendant qui lutte contre le monde, ni même des cicatrices de la pandémie, qui nous a tous touchés.

Il est parfois difficile de savoir par où commencer pour s’attaquer au problème, si bien que la conversation s’enlise et que les problèmes sont balayés sous le tapis. 

Combien de rappeurs allons-nous perdre avant de prendre ces questions au sérieux ? Il faut arrêter le gâchis.

Les œuvres que nous aimons, que nous écoutons nous façonnent. Elles déterminent nos aspirations, changent nos regards, façonnent nos désirs et notre ouverture d’esprit. L’art, et donc la musique, sont des parties importantes de nos vies et nos personnalités, c’est donc quelque chose à prendre au sérieux.
Sans faire porter à l’Art une utilité publique (la création se suffit, elle n’a pas besoin de remplir une fonction), on pourrait peut-être dire que l’art revêt autant d’importance pour l’être humain que la science : la science dit ce qui est vrai, elle dit les faits, mais les faits n’entraînent rien en eux-même. Alors que l’Art est vecteur d’émotions, agent de changements et de bouleversements intérieurs. Peut-être parce que, comme le disait le philosophe Gaston Bachelard, le monde est beau avant d’être vrai. 

Les faits qui peuplent notre actualité ne sont pas beaux et ils font peur, mais notre aveuglement l’est bien plus encore : les rapports du GIEC se succèdent, les canicules et les catastrophes suivent le pas, le climat social est de plus en plus violent, la pauvreté et les inégalités sont de plus en plus frappantes. Le constat est accablant, mais… rien.

Encéphalogramme plat de nos gouvernements et plateformes médiatiques. Le syndrome de l’autruche dans toute sa splendeur.

Tous responsables

Sans vouloir faire porter de lourdes responsabilités aux artistes, on se demande quand même jusqu’où les artistes alimenteront l’idéal d’une société matérialiste et inégalitaire, qui entretient le mal être de sa population ?

On pourra toujours dire qu’individuellement nous n’avons pas à nous poser ces questions, que les artistes et encore plus les rappeurs, n’ont pas besoin de prendre en compte ce genre de considérations et qu’ils peuvent continuer de créer leur musique dans leur coin, en entretenant le statu quo. Mais, continuer sans se questionner, sans challenger l’ordre des choses actuelles, c’est reproduire ce qui se fait déjà, n’est-ce pas ?
Et reproduire ce qui se fait, c’est finalement aussi un choix porteur de sens : c’est ce que l’on appelle le conservatisme.

La problématique plurielle du bien être mental prend de plus en plus d’importance aujourd’hui, et c’est sûrement une question cruciale des prochaines années.  Les questionnements plus spécifiques concernant la santé mentale dans la musique sont maintenant très visibles et ils exigent d’être affrontés avec toute notre attention. 

Les pouvoirs en place dans le domaine de la musique – labels, majors, managers, sociétés de promotion, média – devraient répondre à l’impératif moral de mettre des ressources de qualité à la portée des artistes et du public. Les institutions et les artistes devraient rejoindre les combats qui existent déjà, pour un changement systémique sur ce sujet (qui concerne absolument tout le monde) !

Avec ce sujet focus sur LREF, nous cherchons à exprimer l’espoir que l’industrie de la musique continue à développer une conscience plus forte de la santé mentale.
La musique devrait être un cercle vertueux, embrassant nos parts d’ombres et permettant à tous de se sentir libérés pour créer ou écouter, dans un cadre qui permette que ce soit un acte sain et cathartique. 

Il faut qu’on arrête de faire le commerce de la mélancolie et de la dépression, que l’éloge des artistes ne soit plus liée à leur rythme effréné de production (on adore Jul, mais est-ce viable mentalement de sortir 4 albums en 6 mois ?). Qu’on arrête de réclamer de la nouveauté d’un artiste tous les trimestres et qu’on leur demande toujours plus de dates de concerts et tournées. Qu’on stoppe cette glorification des addictions, sans compassion lorsque les artistes montent bourrés sur scène (oui, c’est chiant, mais est-ce que ça mérite pas aussi un peu d’empathie et questionnement ?)
Est-ce que finalement l’Art ne s’épanouit pas dans les périodes “off” de repos, ou d’ennui ? Est-ce que les premiers à crier à la déception après la sortie du dernier projet de SCH ne sont pas ceux qui réclamaient déjà un projet depuis la sortie de celui d’avant ?
Les artistes devraient pouvoir s’exprimer sans tabous sur leur conditions de travail (que le public n’imagine pas forcément). La charge mentale est très lourde, le mode de vie est difficile. Sans parler des demandes farfelues du public qui pense parfois “posséder” un artiste car ils l’ont “découvert” avant tout le monde… 

Est-ce qu’on veut vraiment d’une société où personne ne comprend l’ironie du tube Break My Soul de Beyoncé ?
Est-ce que finalement, il ne faudrait pas qu’on revoit nos systèmes de valeurs, en mettant l’accent sur l’importance la connaissance de notre monde intérieur : le repos, ayant alors plus de valeur que la productivité débridée.

En tant que rédaction, il nous paraissait important de présenter aux auditeurs et aux fans l’ensemble du tableau. Nous nous adressons à nous-même, rédacteurs de ce focus, comme à tous les fans, comme aux responsables de l’industrie de la musique… 
C’est dommage que beaucoup de gens ne considèrent plus les artistes comme des êtres humains : ce ne sont pas des marchandises consommables, mais des personnes qui n’ont pas à se sacrifier pour autrui, même pour un certain montant d’argent. 

Ressources – Des initiatives à suivre

  • ALLIE.E.S – association de prévention et d’action contre les violences sexistes, de genre et sexuelles dans les arts et la culture : https://alliees.org/ 

  • L’application SAFER --  dispositif visant à réduire le harcèlement sexiste et les violences sexuelles en milieu festif à travers la sensibilisation et l’alerte en temps réel https://espace-safer.com/#front-page-2

  • Héro•ïnes 95 sans frontières – Association de luttes contre les violences sexistes et sexuelles, travaillant aussi pour rendre les lieux festifs plus safes, notamment avec le #MetooGHB et #BalanceTonBar linktr.ee/Heroi.nes95

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