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Inglourious Bastardz

Focus sur Inglourious Bastardz.

Le 26 novembre 2012, le label suisse Rootscore a largué la bombe Inglorious Bastardz sur les ondes. Cette équipe rageuse, multinationale « Du plat pays, à la Suisse, en passant par l’Hexagone » (L’Hexaler, Hommage) a concocté un opus de 19 tracks. Retour sur cet album unique.

Travail indépendant et intensif

Le projet Inglorious Bastardz nait à Genève, dans les studios Rootscore. Après un concert, les deux MC’s toulousains 10Vers et Furax Barbarossa se réunissent et émettent l’idée d’un album collectif. Chacun rapporte vite sa pierre à l’édifice, en contactant des pointures d’ici ou là. De fil en aiguille, on arrive à un noyau dur prometteur : Jeff le Nerf, Swift Guad, Furax, 10Vers, l’1Solence (Amanite & Metik) et le S1Drom (Neka & Menshen).

L’album d’IBZ a été entièrement chapeauté par le collectif Rootscore. Une indépendance pure pour le label suisse, coutumier du fait. Les différents intervenants se sont réunies quatre fois une semaine pour boucler l’affaire. Un travail acharné, jour et nuit, guidés par l’effervescence d’un projet séduisant. La conséquence de cet enfermement collectif est une cohérence parfaite sur le CD, et des rappeurs en osmose avec le projet. Une vraie aventure humaine, chaque MC insistant sur l’esprit Inglorious qui éclabousse à l’écoute.

Noirceur et bestialité

L’atmosphère de cet opus est diabolique. Des textes noirs sur des instrus sur-mesure, une revendication affirmée de trôner du côté sombre : « Que la mort en effet en tarte plus d’un/ Hé maman comment tu m’as fait j’suis trop dark putain » Furax, Ma Thérapie. La description du quotidien est évocatrice des ressentiments de l’équipe : défonce, violence, désillusion. Tous les MC’s utilisent leurs micros pour déballer une rage intense, palpable à l’écoute. Un sentiment de haine contre la société ressort, avec l’impression d’un testament de laissés-pour-compte. Le morceau Ma Thérapie, kické par le quatuor majeur 10Vers, Furax, Jeff le Nerf et Swift Guad est un exemple du mal-être soigné par la plume. L’instrumentale installe le malaise, les MC’s renforcent cette impression : « Des fois je me dis qu’avec le rap j’aurais des prix Nobel/ Mais en façade j’ai que d’la gueule avec des rimes obscènes ». « Moi j’ai de multiples pathologies/Mes addictions me mèneront direct en cardiologie/ Car j’ai pas trouvé de thérapie contre la sarkophobie » Swift Guad.

L’autre thème phare de l’album est la bestialité. Les instrus sont découpés par cette équipe de furieux. Les Bastardz sont enragés, prêts à en découdre, et un pour tous : « Celui qui veut liquider l’équipe, pendra sous la corde ». 5H du Mat. Toujours dans ce morceau, Jeff le Nerf lâche : « Si l’Etat s’en cogne, j’démarre sans grogner, mais pas sans mordre les passants, clébard sans collier », renforçant le côté animalier du collectif. L’union fait la force, la puissance d’un groupe qui terrasse tout sur son passage. Le goût pour des rimes embrassés, spécialité des Suisses de Rootscore, donne de la portée à leurs punchlines. Enfin, dans plusieurs morceaux, les couplets sont rappés en duo, avec cette impression de double lame dévastatrice, comme dans Fugitif ou L’Age de Raison où le refrain fait une nouvelle fois office de cri du cœur : « Il y a un tas d’raisons pour que j’en rajoute/ Mec c’est durant quatre saisons qu’on tend la joue ».

Des leaders au sommet

Le travail de fond effectué par Rootscore est excellent, sur les instrus, les clips.Les textes posés par l’1Solence, le S1Drom ou 10Vers sont toujours bons, et quelques invités comme Scylla et l’Hexaler apportent un vrai plus à l’opus. Mais en terme de rap pur, le projet est magnifié par les performances de Jeff le Nerf, Furax et Swift. JLN se pose en starter parfait, paraît être le plus dangereux de la meute. Sa voix rocailleuse et sa technique font le reste, avec des couplets surpuissants, dans J’commence ma journée ou 5h Du Mat.

Omniprésent sur les tracks, Furax Barbarossa démontre à nouveau le talent qu’il couve. Son visage est à lui seul un ambassadeur du groupe. Dans J’Commence ma Journée, il débarque, tel un fauve qui sort de sa cage : « la gaule, ma fin d’pétard/un renard crevé dans la gorge et sur le pull l’odeur d’alcool et du parfum d’pétasse », qui pose le décor de toutes ses performances. Couplets, refrains, il est le baromètre d’un haut niveau sur tout l’album.

Enfin, chaque passage de Swift est un pur bonheur. Ses punchlines noires, son timbre larmoyant et sa technique toujours aussi aiguisée font un effet d’enfer. On retiendra l’intégralité de son couplet sur Hommage, où il inonde de classe l’instru de Toxine. Il justifie sur chacune de ses apparitions son statut de poids lourd du groupe. Pour conclure, on ne peut que saluer ce projet de travailleurs acharnés, qui marque par sa cohérence globale, une atmosphère agressive avouée et des rappeurs qui illuminent l’ensemble.

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