[Live Report] Retour sous la galaxie du Hip-Hop à La Place.

Du 2 au 6 mars dernier, la Canopée des Halles a vu les fervents passionnés de Hip Hop et de toutes ses évolutions (le rap, le graffiti ou encore le breakdance,…), affluer de tout Paris et d’ailleurs. En quelques année, ce lieu est devenu un acteur incontournable de la culture Hip Hop, et l’équipe est parvenue à proposer une nouvelle dynamique à l’issue du départ de sa controversée directrice ayant multiplié plusieurs sorties racistes et liée à une mouvance d’extrême droite…

La L2P Convention, un évènement à la hauteur du Hip Hop : mouvement artistique, culturel et sociétal majeur de notre époque

Le premier weekend de mars annonciateur du printemps festivalier à venir, n’a laissé aucune place aux dissidences ou aux divisions haineuses au coeur de Paris, mais nous a offert des rendez-vous de discussions et débats, de formation et apprentissage, sans oublier la performance scénique. Conférences, concerts exclusifs, ou encore ateliers, le menu proposé était copieux, et il a permis de satisfaire tous les goûts (programmation complète ICI).
Et le public était au rendez-vous, avec des files d’attentes pour les grosses conférences telles que la rencontre avec l’illustre photographe Fifou ou celle avec Médine.

Le rap, genre musical le plus populaire en France actuellement, était au centre de toutes les réjouissances.  La L2P Convention mettait en avant des interventions d’acteurs importants du milieu, comme Josspace, Lola Levent, Marie Laure Bebey, ou également de Raphaël Da Cruz et différents beatmakers (ceux du label Foufoune Palace), mais surtout l’impressionnant Médine
Le tout avec une organisation bien rôdée, avec des salles plus ou moins grandes sur plusieurs lieux, qui favorisaient le dialogue ou encore les propositions d’idées pour des jeunes ou moins jeunes doutant du milieu dans lequel ils voudraient bien poser un pied. 
C’était d’ailleurs l’une des grande force de la L2P Convention : mélanger jeunes et plus expérimentés, miser sur la place du collectif pour se soutenir et avancer, tout en guidant les nouveaux venus. Le rap ayant un prestige et une nouvelle aura unique, la carrière de Fifou, les accomplissements de Médine ou encore l’expérience de Raphaël Da Cruz ont pu suscité les rêveries et questionnements. 

Favoriser la structuration d’un mouvement culturel et artistique incontournable

Ces quatre jours ont encouragé les vocations grâce à des ateliers plus techniques et plus restreints, pour notamment tenter de percer les secrets de l’industrie musicale.
À l’heure du numérique et de l’invisible, comment se rémunèrent les artistes ? À quoi sert un producteur ? Que signifient les droits voisins ? Comment rentrer dans des playlists ? Quel avenir pour les rappeurs ? Quels sont les aides à la production existantes ? Comment manager une compagnie de danse ?

Autant de questions très pertinentes auxquelles les intervenants et intervenantes ont tenté de répondre grâce à leurs expériences et leur regard personnel, en dévoilant certaines techniques secrètes, mais on ne vous dévoilera rien ici… (les conférences de 2021 sont dispo en ligne ICI, mais pour 2022, c’est ICI)

La Place n’a pas eu peur de s’emparer de sujets soulignés comme essentiels actuellement mais dont la légitimité n’a pas toujours été acquise au sein du rap français. Avec des figures centrales et militantes pour certaines, comme peuvent l’être Lola Levent, Vicky R, Bettina Ghio ou encore Cécile Plancke, la féminisation et évolution au sein du Hip Hop français a été analysé et débattue. Pour deux conférences,  la question des « décideuses » du rap FR, mais également de la place des rappeuses dans l’industrie ont permis une revue des troupes.  Une mise en abîme totalement bienvenu, dans un milieu qui souffre peut-être de son image encore très masculine.  Dépassant la simple théorie, les organisateurs ont misé sur les nouvelles reines du rap pour occuper nos soirées avec plusieurs concerts réunissant Angie, Lazuli, Eesah Yasuke, ou encore BabySolo33, lors de plusieurs dates consécutives.  Des performances de taille, dans des structures habituelles du rap français à savoir le FGO Barbara ou encore la Gaité Lyrique, rien que ça.  

Une succession de shows lumineux et toujours explosifs qui rendaient aux lives l’énergie de la scène et du rap, pour notre plus grand plaisir, permettant ainsi de révéler le talent, les vibes et envie des artistes.

À la rencontre d’Eesah Yasuke & Angie

Certaines de ces artistes à la notoriété variée, mais dont la faim et le talent sont évidents, ont accepté de se confier juste avant de monter sur scène. Cachées dans l’intimité de leurs loges, à l’abri des vas-et-viens réguliers propres à l’organisation d’un concert, Eesah Yasuke et Angie nous ont glissées quelques confidences. 

Eesah Yasuke et Angie sont deux rappeuses en pleine ascension, avec des trajectoires différentes. Eesah Yasuke a remporté le concours Buzz Booster en 2021 et joui d’une réputation critique de haut-vol, tandis Angie, managée par Lola Levent (proactive dans la mise en avant des artistes féminines dans le rap), explorer un monde musical de bad bitches avec confiance.

 Pour découvrir Eesah Yasuke, facile, il suffit de vous plonger dans son EP le plus récent Cadavre Exquis, sorti en juin 2021.  Un EP porté par sa voix brûlante et envoûtante, qui n’hésite jamais à se servir de sa plume aiguisée et son sens des rimes pour porter des combats lui tenant à coeur, comme la lutte antiraciste notamment dans le morceau Mon ciel ou encore Hennessy
Angie de son côté, s’est pour l’instant fait un peu plus discrète, mais attention vous serez assez vite surpris par son flow, son attitude et surtout ce qu’elle dégage sur scène. Une prestance et une technique qu’elle a puisé dans sa jeunesse et son histoire personnelle. Après un premier EP qui date de 2019 et s’intitule December 8th où elle chantait en anglais, Angie s’est réinventée avec une série de freestyles sur les réseaux sociaux depuis le son J’aurais tout changé pour toi. Son dernier morceau OK est à la fois court et décalé, tout comme son clip éponyme. 
Toutes les deux étoiles montantes du rap français, elles ont fait de leur identité, un Art qui leur appartient, par leurs mots ainsi et leur image. 

Dernier né de cette série de freestyles, OK marque également le début de la construction de l’univers visuel d’Angie. Elle avoue qu’avant ce clip :

« Ma musique existait sans images, seulement par elle même »

Ce premier clip, permet à la rappeuse d’attirer le spectateur à hauteur des yeux, avec un focus important sur son regard. Selon l’artiste, « il était important qu’on m’identifie bien, notamment grâce au jeu de regards que j’aime bien utiliser en concerts », car avant tout Angie est une performeuse, une femme de la scène.
Après avoir fait les premières parties d’artistes en place comme Yseult, avec qui elle a pu échanger sur les différents phases du parcours d’un artiste, ou encore IchonAngie a pu se frotter à son public à de nombreuses reprises.  La reprise de la vie culturelle post-Covid en France lui permet ainsi de sillonner l’Hexagone sur des petites et grandes scènes, ce qu’elle « adore ». 
Cependant que serait une vie d’artiste sans un entourage à sa hauteur ? Le sien est majoritairement féminin, puisqu’elle s’est entourée de Lola Levent pour le management, côtoyant ainsi ses autres protégées comme Lazuli, ou bien encore Joanna et Lou CRL (en bref des femmes aux convictions similaires et aux talents brut). 

Eesah Yasuke, gagnante de l’édition 2021 du concours Buzz Booster, transpire le rap dans son intégralité. Plongée dans le Hip Hop depuis son apprentissage des classiques comme elle le raconte :

« À l’époque, j’apprenais par coeur les textes de Lil Wayne ou Disiz et je les rappais dans mon coin » 

Eesah Yasuke, c’est aussi un goût pour la musique omniprésent dans sa vie, qui lui permet alors d’allier le fond et la forme pour toucher son public avec brio.  En effet , pour l’artiste, « mes engagements font parties intégrante de moi, quand j’écris, je fais avec mes émotions » ce qui traduit sa volonté de délivrer des messages fort, mais subtilement dans ses textes. 
Cela s’impose et se sent à l’écoute de ses morceaux, comme dans Mon Ciel ou encore Cadavre 3xquis où elle parle d’antiracisme. Deux sons colorés, où l’antiracisme d’Eesah Yasuke est poétique et imagé, en y employant la figure tutélaire de Thomas Sankara, dans le flow entraînant et mélancolique de l’artiste. En somme, cette artiste politique en poésie, imprime sa marque dans le paysage vaste du rap français, tout en restant fidèle à son équipe, bien en place depuis ses lointains débuts. Une construction réfléchie bien avant l’accès à la notoriété pour Eesah, montrant une fois de plus qu’elle n’a jamais eu besoin de l’aval du milieu pour créer, surprendre et surtout nous toucher. 

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