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Sous le soleil de MTP avec Jiddy

C’est quoi ce temps à paname, sérieusement ? Apparemment c’est pas tellement mieux ailleurs, le soleil a décidé de calquer sa régularité sur celle du RER B et de nous offrir un début d’été beaucoup trop gris pour être crédible. On est mi-juin, et je galère encapuché à l’arrêt de bus Richard Lenoir, une sale averse estivale en guise de coucher de soleil. Expliquez-moi.

C’est aujourd’hui que sort la nouvelle mixtape de Jiddy, Training Tape 2. Il avait déjà sorti un petit cadeau (CKDO) sympa fin avril, dans lequel il apparaissait complètement fucked up avec Akeda ; mais comme tout vieux pseudo puriste aigri qui se respecte, j’avais eu du mal à digérer sa reprise d’NTM, Pour les miens. Que voulez-vous, on ne se refait pas… bref. Voyons cette Training tape 2 : l’artwork de la cover est attirant, ça sent le soleil et si c’est le même que celui qui dégouline des albums de Set&Match, je vais même pouvoir oublier cette pluie qui ne s’arrête pas… allez, je lance l’intro. Qu’est-ce qu’il fout, le bus ?

« Je viens pour vous livrer le volume deux / Le premier était chaud, le second sera voluptueux »

On s’en rappelle quasiment plus, du premier : faut dire qu’il s’en est passé des choses depuis la première Training Tape (2012) de Jiddy Vybzz ! Déjà, il a laissé tomber le Vybzz pour un simple Jiddy. Ensuite, il a explosé en même temps que son groupe Set&Match lors de la sortie de Tudo Bem (2013), et surtout de l’excellent Cosy Bang Bang l’an dernier : des Quoi de neuf, Jeunes et On dirait le sud n’ont rien à envier à Dans dix ans ou Sunset, y’a même plus de re-ba tellement elle est haute à MTP comme à Boulbi. Et après un changement de distribution assez délicat (qui a causé notamment la perte de l’intégralité des millions de vues du groupe sur Youtube), un an après la sortie de Cosy Bang Bang, il balance cette Training Tape 2, qui s’ouvre avec AJLJ. Rien de cosy, mais bang bang dans mon crâne : dès la première écoute, tu comprends le truc et… attends, ça va partir…

« On est dans la fast life, métro parisien / Flow, rimes, punchlines, ça je manie bien / Le succès, le succès, hmm comment te dire / La réussite appelle, mais ne dis pas comment venir / Plus y’a des défis, négro plus c’est risqué / Mais je fais ce qui m’plait, et c’est ce qui m’paie / Rien n’était écrit, je pensais pas qu’après le bac / Je ferais qu’enchainer les bangers et les bouteilles de jack / Je m’endors quand le jour se lève, me réveille quand la nuit tombe / J’ai encore le goût d’ses lèvres, je l’ai perdue, elle était tout ce qui compte / On vit au jour le jour, mais ça vaut le détour »

Là, j’étais absolument pas prêt. La prod de Nxxxxxs est terrible, la perf’ de Jiddy pas moins, c’est profond, c’est majestueux, ça déboite. J’en ai plus rien à foutre faire de ce que fait ou ne fait pas le bus, j’ai monté le son et je savoure cette tape qui n’a pas fini de me surprendre. Un coup d’œil à la tracklist m’apprend que le montpelliérain a ramené du beau monde : Gros Mo, Billy Bats, A2H, Rimcash, Didaï, Lo Swing et Take A Mic, en plus de ses compères Bunk et Faktiss évidemment, viennent agrémenter le projet de différentes couleurs.

Ce n’est pas ce dont manque le projet, la couleur. Bien sûr, il contient sa dose de trap et son saupoudrage d’autotune, mais ne nous arrêtons pas à ça : par sa nature même de mixtape, format plus libre stylistiquement, elle s’avère en réalité assez difficile à classer. Le nombre de tracks, emcees de beatmakeurs différents présents sur la tape (Akeda, Nxxxxxs, Didaï, RachelClub, Broucqlyn, BaxTer, Jordan Comoli, JohnFax, Dwin et Tapercut aux prods, en plus des rappeurs cités plus haut) n’aident pas : en 19 tracks, et pendant 1 heure 15 (le projet coûte moins de 7 euros, je pose ça là), Jiddy et ses comparses ont tout le temps de multiplier les styles et les influences, trap, mais autant hip hop qu’électro, jusqu’à avoir des airs de post funk. Jiddy multiplie les ambiances en retombant toujours sur ses pieds, fidèle à lui-même sur les thèmes et les lyrics, se faisant kiffer et arrosant sa vie et la nôtre de grosses basses complètement abusives et de tracks enflammées. Faites attention : des missiles sol-air comme Qui ?!, LMNA, ou Ws’Up risquent de vous valoir la haine de vos voisins si vous poussez trop les enceintes (ce que Jiddy ne s’est pas privé de faire en studio je crois).

On ne sait pas toujours si on voudrait danser ou chiller à l’écoute du projet, mais emporté par les bpm de La Formule, j’ai quitté l’arrêt de bus. Ils sont chiants, ces bus. Aussi régulier que le soleil… enfin bon, je me plains, je me plains, mais au moins il a arrêté de pleuvoir, je peux rentrer à pied et continuer à bouffer la mixtape, en me retournant la tête pour essayer de définir son style musical. Le mec est capable de faire twerker sur du saxo, qu’est-ce que vous voulez que je vous dise !

« Vous visitez nos plages sur fond d’écran / J’veux m’faire mon chemin pas juste refaire ce que font les grands / Mes rebeus, négros, mes babtous / Si le rap game est tout pété, ça vient pas d’nous / Et on s’arrête pas, rien qu’on taffe, on enchaîne / Le week-end ou en semaine / Et on s’arrêtera, mon négro quand la paye / Paiera le loyer, la teille »

A l’origine, j’avais lancé la tape en espérant amener une douce chaleur estivale dans mes écouteurs : Jiddy a préféré y mettre le feu, purement et simplement. Mais au milieu de tout ce joyeux bordel, ça et là, le tempo s’adoucit, les voix scintillent de réverb, et on ne peut que plonger dans les prods sourdes et brumeuses de tracks comme l’éclatant Le sommet, avec un Rimcash encore une fois percutant et un Didaï pas en reste, qui à eux deux viennent épauler le montpelliérain sur cette pépite de douceur, habilement placée dans cette tape décidément éclectique. Des accalmies de ce genre, le projet en offre d’autres, notamment la track servant d’outro, 5 A.M, à écouter d’urgence à l’heure dite sur n’importe quelle playa. C’est plus fort qu’eux, les gars de Set&Match doivent ajouter à chacun de leur projet au moins une track capable de durer dignement toutes nos fins de soirée d’été, et ça commence dès maintenant. Bien qu’on ait pu le découvrir avant la sortie de l’album, c’est bien en écoutant High que je termine cet article et cette journée du même coup. Je tourne en boucle avec Jiddy et Lo Swing, apothéose de chill sublimée par une envolée cuivrée pour laquelle les mots me manquent. Still together, we gettin’ high, et merde, qu’est-ce que c’est loin, demain. Là, il fait carrément nuit, et le soleil de MTP rayonne depuis mes enceintes. Merci, Jiddy.

About Hugo Rivière

Entêté monocellulaire impulsif, sentimental, très humain et complètement dingue

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