[Semaine spéciale : le rap à Lyon] Focus – de rue Paul Bert à place Voltaire, le corner de Tedax Max

Alpha Wann ayant acquis une sorte d’aura d’infaillibilité avec la sortie de la Don Dada mixtape en décembre dernier, sa promotion d’artistes rap est aujourd’hui scrutée avec une attention particulière. C’est par ce biais que la musique de Tedax Max est arrivée jusqu’à nos oreilles. Ce « Guillotière kid », dont l’attachement au 3e arrondissement de Lyon transparaît dans beaucoup de ses couplets, a sorti début janvier Forme olympique, un EP 8 titres bien construit, où la mentalité de OG croise une sensibilité crue et sincère.

La notoriété de Tedax Max, encore modeste, a éclot en novembre dernier avec la sortie de Drillotière, gros jus de bagarre à la sauce 2020 et belle démonstration de rap étalée sur un couplet unique. L’opus Forme Olympique, s’il contient son lot de morceaux sombres et corrosifs, fournit aussi la preuve que son auteur est capable de se livrer sur des fonds sonores distincts. Côté production, les artistes derrière les machines (BeyBeats, KDND, ChefNezz) semblent être d’authentiques newcomers, mis à part Kon Queso (qui a déjà produit pour Hyacinthe et Huntrill) et Nikal Kami, présent sur le dernier album de Kalash Criminel et auteur ici de la très belle prod de J’ai pas rappelé.

A l’écoute de Forme Olympique et d’autres sons sortis par Tedax Max un peu plus tôt, on se rend compte que la palette du rappeur se décline à l’heure actuelle sur deux grands types de morceaux : des bangers sombres imprégnés d’égotrip, et des morceaux plus mélodieux où le propos reste cru mais laisse plus de place à l’introspection. Sur l’EP sorti en janvier, ces deux facettes s’équilibrent de façon harmonieuse. Tedax y mélange description du quotidien de rue (« un mauvais regard te coûte une peine difficile à réduire », Joe le taxi) et réflexions plus intimes (« renfermé sur moi car dehors j’vois aucune raison d’être optimiste », Nashav), voire associe les deux : « le sourire du grossiste a un prix, celui de papa n’en a pas » (J’escalade).

La richesse technique de Tedax Max réside beaucoup moins dans ses rimes que dans son sens de la formule. Certes, quelques passages laissent des impressions de maladresse ou de déjà-vu (« ça détaille la drogue et ça canarde, l’ambiance est macabre comme en Calabre », Combine). Mais on perçoit sur beaucoup d’autres la capacité du rappeur à tourner les expressions de façon originale et percutante (« j’ai un vocal du mal mais j’ai pas rappelé »). Si les influences du lyonnais semblent variées – les allusions relevées dans Forme Olympique vont de Three 6 Mafia à Quavo – la musique d’OG Max puise dans les références du « rap de rue » français des années 2000, comme Mac Tyer, d’ailleurs cité dans l’EP.

On l’a dit, le propos de Tedax Max alterne entre l’évocation crue de la vie de OG et l’expression de sentiments plus apaisés. Pour l’instant, le fil conducteur de ses textes semble être « l’augmentation de la vie » pour paraphraser Isha (rappeur avec qui Tedax partage d’ailleurs quelques similarités). Sur Forme Olympique, le rappeur de la Guillotière livre bon nombre de phrases (« L’œil dans l’rétro mais j’vais de l’avant », « j’suis pas meilleur qu’un autre, j’essaye de m’éveiller »…) qui traduisent cette volonté de s’émanciper d’une vie étriquée. On ne peut qu’acquiescer quand Tedax Max estime avoir « l’écriture d’un sénior » (J’ai pas rappelé) : si la forme de sa musique peut être perfectionnée (avec notamment des refrains plus efficaces), ses couplets ont une densité et une maturité dignes de ceux d’un taulier.

Brandissant son ancrage « de rue Paul Bert à place Voltaire » dans de nombreux sons, Tedax Max est un des rappeurs lyonnais les plus identifiés à un quartier spécifique. Plutôt avare en collaborations, il dédicace néanmoins Ashe 22 (également basé à la Guillotière) ou encore ZeGuerre (autre lyonnais à la notoriété ascendante) dans son EP. S’il estime « utopique » de réaliser un 13’Organisé version gone, on espère voir OG Max croiser un jour la plume avec d’autres MCs de la ville. En attendant, au vu de la qualité de sa dernière sortie, Vite fait 4, on continuera de surveiller scrupuleusement le travail de celui qui se présente sans conteste comme une étoile montante du rap à Lyon.

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