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Teobaldo va vous causer de… Cokein.

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Cokein évolue depuis de nombreuses années sur la scène rap de Grigny, ayant posé quelques sons sur les projets des groupes et des artistes les plus talentueux que compte leur ville de grands baisés de rap venu principalement de la côte ouest et du sud des United States of A. D’ailleurs, ça va surprendre ceux qui l’ont découvert dernièrement mais il y a 10 ans il rappait plutôt dans un délire Bone Thugs avec une voix plus nasillarde, un flow plus rapide et des roulements. Depuis, ça a beaucoup changé. Il parle plus lentement et laisse sa voix rauque résonner sur le peu de morceaux où il a distillé ses couplets ces dernières années.

Ce n’est que récemment qu’il a commencé à travailler le terrain pour une carrière solo en proposant quelques clips au compte-gouttes dont notamment Marche ou crève avec en featuring Alkpote (l’une des figures emblématiques du rap du 91 qu’on ne présente plus) et le bouillant Shoot qui voit Cokein partager le micro avec La Comera, toujours présent pour faire la bande originale d’une bonne émeute réussie. Il est maintenant l’heure pour le Young Coke de transformer l’essai en offrant un long format pour voir si ça tient bien la route au-delà de quelques clips sympas. (Young Coke c’est un jeu de mot avec Jeune Coq, c’est marrant nan ?)

Voici donc « CMF volume 1 » What the CMF stands for ? Que veut dire CMF ? Les plus fins limiers d’entre vous ne tarderont pas à comprendre que ce sont les initiales de « Cokein Mother Fucker ! » Le ton est donné. Il prévient dès l’introduction de son album : « Je rappe, c’est pas ce que je fais de mieux, mais je m’ennuie. » Et il le réaffirmera d’ailleurs plus tard dans l’album : « Je prends pas le rap au sérieux, j’en fait car je suis en train de me faire chier. J’ai un talent, on me dit insatisfait, je suis en train de me chercher. » Cokein n’est pas à proprement parler un foudre de guerre au micro, bien qu’il demeure quand même capable de quelques variations de flow. Son truc n’est pas la performance technique, ce n’est pas son but et ça change un peu des autres MCs émergeants qui, bien souvent, mettent le style en avant et tout le reste loin derrière. Ici le grignois scande chacune de ses rimes bien mâchées, vers après vers, en prenant toute la place que lui offre les instrumentaux pour les marquer de sa voix calme (et un peu inquiétante).

Cela dit, Coke ça reste un rappeur de Grigny qui se respecte, c’est à dire que c’est pas un petit rigolo. Ses instrus il sait se les choisir. Ses morceaux il sait se les construire. Ses ambiances il sait les varier, tout en restant sur sa ligne directrice le plus souvent. Le mec sait poser en cabine, faire des backs, des ad libs, etc… Le tout avec un mix à la hauteur. Oui, je sais, vous allez me dire que c’est la base pour un rappeur. Mais généralement, quand on parle de rappeurs peu exposés, les gens pensent direct à des cassos pas pro du tout. Mais ici t’es à Grigny. Même le plus cassos des cassos a un minimum d’exigence requise sur la qualité du son qu’il sort.

Et celui qui est venu chercher les billets verts, jaunes, rouges et violets compte bien le faire avec un projet solide et sérieux où il livre différents aspects de sa personnalité, n’hésitant pas à mettre à nu comme il le dit lui-même, mais avec des lunettes de soleil, c’est aussi ça la pudeur. Instinct 2 vérité fait partie de ces moments-là. Sur une mélodie apaisante, Coke semble déballer un flot de pensées en vrac tantôt nostalgiques, tantôt revanchardes, le rappeur grignois semble avoir accouché de ce texte en une fois sans vraiment y revenir après. Et au détour d’une phrase on comprend pourquoi, ce texte ayant été écrit en une occasion particulière, son auteur ne voulait peut être pas y retoucher. Le titre du morceau prend tout son sens. Seul le refrain de Mossda semble avoir été rajouté ensuite.

D’ailleurs c’est un autre aspect sympa des rappeurs de Grigny. Dans leurs projets ils invitent souvent leurs potes, ça donne un aspect convivial réunion d’anciens élèves autour d’un barbecue de merguez. Parfois on retrouve un mec en feat qu’on n’avait pas entendu depuis quelques temps mais qu’on aime bien et ça fait plaisir de le réentendre. Ou d’entendre des gens que t’as entendu sur leur premier morceau studio quand ils étaient encore mineur évoluer au fil des ans. Cela dit, il y a aussi quelques feats extra grignois et même extra essonniens dans cet album avec MAS et Sultan mais en même temps, ils sont surtout là pour des refrains parce que niveau MCing y avait tout ce qu’il fallait sur place, exception faite pour le troisième invité à nous venir d’une autre ville : Alpha 5.20. Et même si ça n’a rien d’étonnant vu que le Ghetto Fabulous Gang a toujours connecté avec la scène locale et qu’ils jouent toujours un peu à domicile chez les grignois, avoir un couplet de la Pharmacie de Dakar inédit qu’on a décoffré pour l’occasion, c’est un petit plus. Surtout quand c’est un couplet qui commence direct par un gros égotrip impliquant Memphis et Project Pat. On apprécie. Et pour couronner le tout, il y a aussi Castor « Skinny » Troy de la LMC Click qui, contrairement à ses copains de micros Juicy P et Jack Many, n’avait jamais rappé avec Alpha. On retrouve aussi cet aspect album de famille dont je parlais à propos de la scène rap de Grigny.

Troy que l’on retrouve par ailleurs sur un autre bon morceau de CMF 1, le membre le moins connu des LMC est en jambe et nous livre deux prestations enthousiasmantes sur son univers coloré qui a de bons arguments pour séduire les fans de Too $hort… ou de Paul Wall pour les plus débiles d’entre vous.

Venant grossir les rangs des autochtones de la ville du 91 conviés à la fête, on retrouve Ketokrim, frère d’arme et de rimes de Cokein depuis des temps immémoriaux, sur le refrain de Âme de guerrier puis sur Street King en compagnie du groupe Ekinox, qui est un trio de jeunes rappeurs tous terrains qui devraient faire de plus en plus parler d’eux. Comme ils le montrent sur Street King, un morceau efficace disposant d’un refrain aux voix pitchées. En gros la voix du mec est accélérée et surtout rendue très grave un peu comme avec un ballon d’hélium. C’est une astuce que Rohff utilisait souvent à une époque puis ça c’est un peu perdu et là ça réapparaît sur les radars sur CMF pour le plaisir de petits et grands. Et pour finir ce tableau, l’album se referme sur le bien nommé Trip familyGizo Evoracci (un mec du coin qui rappe avec Snoop Dogg, rien que ça), Ozer, Landers et Nolege rejoignent leur pote pour un bon petit freestyle de fin, comme le veut la tradition.

Enfin, ce n’est pas vraiment la fin vu qu’il reste un bonus derrière et que c’est tout simplement Shoot avec La Comera qui a été remis pour le plus grand malheur de vos voisins. Et ce n’est pas non plus la fin de mon petit speech, parce que dit comme ça, on dirait qu’il n’y a que les morceaux avec des invités qui valent le coup. Mais pas du tout. Ecoutez juste l’enchaînement Décalé Chinois avec I.D.C. (InDestructible Cokein) et vous verrez bien.

En définitif, ce Cokein Mother Fucker volume 1 est un long format bien travaillé, d’un rappeur qui est loin d’être un nouveau venu dans le game. Il a su prendre le temps et surtout se donner les moyens d’arriver avec un premier projet abouti qui, toutefois, sans être un album purement hardcore, ne parlera pas facilement aux auditeurs qui ne sont pas portés sur ce genre de musicalité. Cela dit, ce n’est pas peine perdue. Cokein a su rendre son rap accessible en maintenant un bon équilibre où le fond n’empiète pas sur la forme, ni l’inverse. Il faut aimer le genre mais c’est maîtrisé et pas du tout fermé comme galette. Testez par vous-même.

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Vous pouvez retrouver Teobaldo sur Twitter ou sur Le Blavog.

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