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Terrible CABADZI au Kiosquorama

Kiosquorama c’est l’histoire d’un festival qui a pris l’utopie pour réalité. Qui a ramené la musique aux pavés. Qui a transformé les artistes en saltimbanques des rues. Le temps de cette fin d’été, le festival s’attaque aux squares parisiens. Hier, c’était au tour du kiosque du Commerce de s’habiller de couleur et de redonner un peu plus de vie à l’instant. Cabadzi est venu y battre le pavé.

Fin d’après-midi, où le temps semble hésiter à tendre à l’orageux. Les premières notes sont tragiques. Retour d’une armée en campagne. Le ciel est couvert et les cuivres l’appellent à nous tomber sur la tête. Un violoncelle strident  et un beatbox ténébreux. Cabadzi s’empare du lieu et en quelques notes, dresse son tableau. Peinture amère d’une société indigeste. Le ton est glacial et sans appel. Le public sombre déjà dans l’atmosphère. La musique a sa force, a son poids. Là, où rien n’a encore été dit, tout est clair. Tout est noirceur. Mais, attention d’une belle noirceur. Celle qui fait que la plume est une arme, que l’encre tache et que Cabadzi ose un retour de bâton au maire du XV, pas très à gauche, ça va de soi.

A son entrée sur scène, le flow de Lulu ne fait qu’enfoncer la lame. C’est d’une mitraillette que les mots sortent. Ils s’animent de virulence. Résonance insolente. L’homme s’empare du kiosque et l’habille de son jeu. Lulu s’anime et les mots ont une vie. Pantin ivre qui vomit des vers des plus percutants. Guerrier possédé mais droit, il offre une poésie crue et riche de références. Serait-ce un Desproges qu’on entreverrait là ? Serait-ce un conte ? Serait-ce un plaidoyer ? Tranchant et envoûtant. Mais jamais, au grand jamais, le groupe nous perd dans les méandres d’une chanson dite engagée. L’oreille reste suspendue et le corps en est déstabilisé. Pas sûr que sur le retour, les âmes qui faisaient l’assistance emprunteront les mêmes chemins.

Et derrière, la musique emporte et s’envole. Aux sons des mélodies empruntées à des contrées éloignées, le beatbox est franc, le violoncelle terriblement pesant. Et quand, les cuivres s’invitent, trompette et tuba nous amènent à pleurer le temps où la musique avait encore un sens. Car, là où Kiosquorama nous amène à penser que ces lieux ont eu une autre vie, une belle vie. Cabadzi nous amène à penser que l’art devrait se risquer un peu plus aux sillons de l’indignation.

Crédit photo : Solène Patron

 

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