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Top projets 2018

Une fois encore, 2018 ne nous a pas facilité la tâche au moment d’en extraire ses projets les plus remarquables. Tout au long de l’année, chaque vendredi voyait entre 5 et 10 projets faire leur apparition. Autant dire qu’il fallait s’accrocher pour tout suivre. Au delà de l’offre pléthorique, ce qui a également compliqué notre mission, c’est le manque d’un nombre important de projets vraiment exceptionnels qui ont fait place à une série de projets de bon niveau mais assez inégaux. Malgré cela, nous sommes tout de même parvenus à dégager une sélection de 10 projets qui nous ont marqués en 2018. Auraient pu y figurer Bisous de Myth Syzer, JO$ de Josman, Inferno d’Alkpote, Nuit de Jazzy Bazz, Réelle vie 2.0 de Maes ou encore Carbone 14 de Joe Lucazz. Pour le reste, ça se passe ci-dessous. Bonne lecture et bonne écoute ! 

10. Zippo – Zippo contre les robots

Des puces glissées sous la peau, des cerveaux sous perfusion médiatiques et des supers-policiers jouant au Mölkky avec des quilles aux formes humaines. Un monde en « self-sévices » pour les années à venir que Zippo a choisit de dépeindre en cet an de crasse républicaine 2018 avec un premier album intitulé Zippo contre les robots. Visionnaire, le bûcheron du Pakkt l’est certainement quand il parle de « moutons en transe » et d’une foule qui « s’agenouille au pied de la machine ». Mais Skynet ne s’est pas encore soulevé contre homo-spiens croyant encore tenir les ficelles de sa destinée, alors on se contentera d’évoquer simplement un bon disque de rap à classer dans les sorties marquantes de cette année. Plutôt que de nous offrir la meilleure performance technique de l’année, Zippo nous offre sans aucun doute ici le meilleur éclairage possible sur le monde qui nous attend. Critique bienvenue d’un monde mécanisé à outrance sur fond de valeurs utopistes – que des titres comme Google ou I-monde explorent avec humour et lucidité – ce Zippo contre les robots mérite bien sa place dans la mémoire de nos smartphones dernière génération… avant extinction ! – Laurent L.

Notre focus sur Zippo à lire ici.

 

9. Dinos – Imany

On se demandait tous l’orientation qu’allait prendre Dinos avec Imany, tant le premier album du rappeur avait fait l’objet d’un teasing interminable depuis des années. Au final, celui qui a grandi à La Courneuve a relevé le pari avec simplicité, dans une volonté d’honnêteté absolue qu’il exprime dès le premier morceau, Iceberg Slim : « J’n’ai rien inventé ce n’sont qu’des faits ». Hors de question de s’inventer une vie pour celui qui est « le quartier mais pas la rue » (Hiver 2004). Cet album réussit ainsi, à la fois, à être truffé de références au rap français (Lunatic et Mauvais OeilFlynt et J’éclaire ma villeDoum’s et Adèle,…) ou à la littérature (Baudelaire, du spleen à l’idéal, en passant par Les Fleurs du Mal), et à être personnel, introspectif, nu. La technique, les références et les schémas de rimes parfois impressionnants de Dinos sont donc mis au service d’une écriture qui privilégie l’intime, avec une sincérité et une simplicité désarmantes. Dinos parle beaucoup d’argent, mais ce thème s’entre-mêle presque toujours à celui de sa mélancolie, omniprésente d’un bout à l’autre de l’album. Il parle aussi de la célébrité, de l’amour, de Dieu, et de la monotonie du quotidien. Avec un sens des mélodies simples et obsédantes, proche parfois de la comptine, le rappeur décrit son mal-être et son bonheur avec la même candeur touchante (à l’image du titre Magenta), qui donnent à l’album et à sa version Deluxe quelque chose de spontané et pourtant d’extrêmement maîtrisé. Avec Dinos, le rap français a peut-être trouvé quelqu’un pour rapper le rythme du quotidien et de ses peines avec élégance et références. – Guillaume E.

8. Damso – Lithopédion

Avec Lithopédion Damso signe l’album le plus philosophique de sa carrière. S’il est dans notre top 10, ce n’est peut être pas tant pour la musicalité que pour le fond. Ici Damso est en quête de son essence, et Lithopédion malgré beaucoup de passages chantés se lit et s’écoute comme un poème ou un essai. L’album est un déroulé de questionnements existentiels à la jonction entre philosophie et psychanalyse :« c’est tout ceux en qui nous croyons qui finissent par nous définir ». D’une part la quête du même avec le titre Julien, sorte de portrait universel, et d’autre part une quête d’un soi authentique, pure, encore indéterminé par l’autre incarné par la métaphore du lithopédion, fœtus mort et calcifié dans le ventre de sa mère. Par contagion ou par isolement, difficile d’échapper à son propre mensonge. Parce qu’il se tient au plus loin de l’artifice inhérent au contact social, Damso rappe depuis sa solitude. C’est un album d’hésitations entre vie sociale pastichée et vie solitaire intègre. Se sentir mort dans un corps vivant ou vivant dans un corps mort, telle est la question de Lithopédion. – Ana

Notre dossier sur Damso à lire ici.

 

7. 13 Block – Triple S

La sueur, la soif et les sous. C’est autour de ces trois mots que les Sevranais se sont imposés comme le futur de la trap française avec leur très bonne tape : Triple S. Paru en avril dernier, elle présente un Ikaz Boi très talentueux aux commandes d’instrumentales parfaitement adaptées au style des rappeurs, construisant une alchimie naturelle entre voix et musicalité. L’histoire de ce projet raconte leurs espoirs, leurs objectifs et leur quotidien, prêts à tout pour exploser et s’émanciper. C’est d’ailleurs avec cette mixtape qu’ils vont gravir les échelons et toucher un bon nombre d’auditeurs, notamment avec le désormais culte Vide, au refrain lancinant porté par la voix de Zed. Totalement abouti, les quatre membres du Block ont réussi à construire un projet efficace avec un vrai équilibre au cœur de la tape : tous les membres semblent aussi bien représentés, et la répartition des couplets et refrains entre Zefor, Stavo, Oldpee et Zed est totalement cohérente. Comme une équipe, ils se répartissent des rôles différents entre chaque track pour produire un contenu à l’ambiance similaire mais à la forme novatrice. L’énergie des couplets de Stavo, la mélodie des refrains de Zed, la technique des placements d’Oldpee et la facilité des rimes de Zefor forment une complémentarité organique dont nous n’avons pas pu nous passer pour ce top. Un projet marquant dont 2018 se souviendra. – Tim

Notre chronique de Triple S à lire ici.

 

6. Disiz – Disizilla

Disizilla de Disiz la Peste, solide sixième de notre top, c’est la fusion entre l’homme et le monstre. Pour son douzième album, Disiz embrasse plus que jamais les thèmes de la mutation, de l’altérité et du rejet. En seize titres soigneusement produits, Serigne M’baye Gueye chante son désespoir face au cancer de sa mère, sa rancœur d’un système qui avantage toujours les mêmes et son incompréhension face à un monde toujours plus violent. Le résultat : une fresque apocalyptique très inspirée par l’esthétiques d’œuvres telles qu’Akira, Tetsuo ou Terminator, où les tambours de guerre se noient dans des enchevêtrements de voix numériques et désincarnées. Au final : Disizilla, projet excellent et pleinement abouti, consolide un peu plus la place de Disiz au panthéon du rap français en traitant des thèmes universels avec une élégance brutale. – Jacques

Notre chronique à lire ici.

 

5. Vald – XEU

Après avoir passé plusieurs années à montrer son talent et sa singularité notamment à coup de titres goleries (Bonjour) et de clips buzz (Selfie) sur des mixtapes et des EP, Vald nous avait livré début 2017 un très bon premier album mais qui divisait néanmoins les auditeurs sur sa capacité à faire sérieusement du rap. On attendait donc encore de Vald l’album de la confirmation afin de savoir si on avait affaire à un simple troll ou un vrai artiste. La réponse nous a été donnée au début de cette année avec XEU : oui, le rappeur du 93 sait aussi faire des morceaux de rap plus classiques et plus sérieux, tout en gardant sa folie et son univers. Alors que son premier album Agartha était l’aboutissement de cette fameuse formule titres goleries/clips buzz (avec tous les bons et les mauvais côtés que ça impliquait), pour ce deuxième album, le roi des ienclis a décidé de changer de paradigme. Entouré de multiples producteurs sur son premier album, pour ce second opus, il a préféré faire presque exclusivement confiance à Seezy. Résultat ? Alors qu’Agartha avait un coté un peu fourre-tout, XEU est beaucoup mieux construit et plus cohérent. La volonté de faire de l’argent, l’humour, l’ennui, la drogue et le désenchantement sont toujours là ; sauf que maintenant, tout cela est raconté sur des titres qui ont de vraie gueule de banger. Une nouvelle direction artistique validée par le public, comme le prouve le succès du morceau Désaccordé (pratiquement 100 millions de vues sur Youtube au moment d’écrire ces lignes). Alors que XEU s’apparente déjà à un tournant dans la carrière de Vald, on a hâte d’en découvrir la suite. – Clément B.

 

4. Isha – La vie augmente, vol.2

Depuis qu’Isha a annoncé sa volonté d’augmenter sa vie, le succès est au rendez-vous. Mais chez le rappeur belgecette prophétie autoréalisatrice semble se doubler d’une introspection toujours plus creusée. Plus celui qui se faisait appeler Psmaker s’élève, plus il ose explorer les plaies de son passé et les peurs de son futur. La vie augmente, vol.2 semble marquer une étape dans ce double mouvement paradoxal : la carrière du rappeur décolle ; Isha, lui, s’enfonce dans son exploration de lui-même. La pochette du premier volet de la série de mini-albums montrait sa photo, simple et brute ; celle du second volet rentre en lui, montrant sa radio. Dès le début de l’album, Isha évoque sa mort frontalement, sur une production minimaliste qui laisse toute la place à sa gouaille. Le ton est donné : l’album ne fera pas de concessions, pas de non-dits. Là où le premier volume laissait une large part à l’égotrip, le second vient ébranler cet ego (malgré la présence de bangers plus légers). Tout au long du projet, le rappeur évoque les antidépresseurs et « [ses] premiers textes sur un matelas qui pue » avec une mélancolie qui ne se fait jamais larmoyante (il évoque la mort de son père sur une ritournelle guillerette), et un sens du détail sensoriel qui nous touche grâce à un style simple et sans détour. Le dernier morceau, dense et empli d’une urgence de rapper, évoque en deux minutes ses craintes pour le futur, mais aussi Toy Story et le rôle de la musique dans sa construction personnelle. Le rappeur finit en décrivant son rapport vertigineux à l’infini et son travail d’écriture comme une expérience de la mort. Une guitare planante conclue le morceau, et l’on se dit que l’on tient encore là un des paradoxes d’Isha : évoquer l’infini et l’ultime avec les détails concrets et sensitifs de l’intime. – Guillaume E.

Notre chronique à lire ici.

 

3. SCH – JVLIVS

Entre la Méditerranée et l’Italie, le déluge. Avec JVLIVS, SCH effectue son grand retour en baron de la pègre, marchant dans l’ombre des plus grands. Durant tout le long du projet, il provoque le même genre de sidération qui survient après une violente explosion, le « Pacino’s Blast ». Le Marseillais y exprime une violence grandiloquente qui provoque une réaction physique, une chape de plomb, survolée par le fantôme du paternel. Bien aidé par le travail gargantuesque de Katrina Squad, Cerbère et autres chimères ne l’ont pas encore emporté porte des enfers, à l’instar des chœurs présents dans VTNM. Entre ascension sociale et Némésis, la précision des images reste intacte, « Violence et patience, ma boîte à gants : mon assurance ». Dans la plus grande tradition des tragédies grecques, SCH se voit déjà un pied dans la tombe et ravive sa mémoire, pour mieux dépeindre le mythe, « J’suis pas en vie / Enfin un peu, mais déjà mort donc prêt à partir ». Avant qu’une balle de Tokarev lui traverse le crâne, JVLIVS nous dépeint un personnage naturaliste, en plein clair-obscur, usant de l’introspection pour faire perdurer sa mémoire : « J’ai toutes les couleurs en billets, tous mes proches morts en photos ». – Quentin R.

Notre chronique à lire ici.

 

2. Freeze Corleone 667 – Projet Blue Beam

Quelques notes sombres, le bruit de la foudre et une ambiance d’outre-tombe introduisent les 11 titres d’un projet aussi intriguant qu’indéfinissable. Intro, un des titres les plus marquants de l’album, sample les notes de la scène de Voldemort dans le deuxième volet de la saga culte, présentant l’atmosphère qu’est capable de créer le lobbyiste le plus emblématique du Mangemort Squad, a.k.a 667Projet Blue Beam apparaît comme le marqueur d’une réelle évolution dans la musique de Freeze Corleone, concrétisant sa capacité à plonger l’auditeur au cœur d’une ambiance sombre et particulière. L’album garde une même dynamique à travers des rythmes aussi lents que brutaux, laissant la voix glaciale de Freeze envahir nos neurones. L’ambiance est si pesante et complexe qu’elle en devient presque hypnotisante, nous transportant alors au cœur des réflexions de l’artiste, à la fois limpides et torturées. Chaque track est une claque de plus : les placements, références, sens cachés et rimes complexes nous poussent à vouloir décrypter le langage presque codé que manipule Chen Zen. Un excellent projet qui prouve la dextérité, la technique innovante et le style totalement unique de Freeze Corleone, témoignant de la véritable force de création de cette discrète nébuleuse tentaculaire, la 667. #ekip. – Tim.

 

1. Alpha Wann – UMLA 

Piste 1. 30ème seconde. « Tu l’appelles mère patrie, j’l’appelle dame nation ». Pull-up. C’est par le souffle coupé d’une phase du feu grégeois, qu’Alpha Wann introduit le meilleur projet de l’année 2018 selon les votes de l’équipe, pas loin d’être unanimes. Le membre de 1995 et l’Entourage, a secoué tout le spectre du rap français fin septembre et enfin tenu ses promesses de grandeur. La richesse d’UMLA (prononcer U-M-L-A, pas UMLA ou HUMLA) est représenté par un rappeur au sommet de son art, sa technique érigée au rang de science. Les schémas de rimes se multiplient de manière exponentielle au fil des écoutes, un langage crypté doté d’une précision chirurgicale et qui tord, use la langue dans tous les sens possibles et inimaginables. Le poulain de Don Dada Records enchaîne les double-sens et autres figures de style avec une facilité déconcertante, comme une formule mathématique sans exceptions, se déployant à l’infini(t). Sans concessions, à l’image du couplet de Nekfeu retiré et d’une promotion presque inexistante, Philly Flingue dresse aussi un portrait chinois de sa personne en filigrane : « J’ai plus l’âge de réclamer négro, j’ai l’âge d’obtenir ». Avec UMLA (Une Main Lave l’Autre), Alpha Wann la faucheuse a fait un grand trou dans le sol, dont les autres rappeurs peuvent juste entendre l’écho. – Quentin R.

Notre chronique à lire ici.

 

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2 comments

  1. 13 block… devant damso & dinos…. nan mais franchement….

  2. Pour moi ça sera Lucio Bukowski et Mani Deiz avec « Chansons ».

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