Tsew The Kid, un premier album pour confirmer.

Tsew The Kid est un artiste rare : rare dans sa capacité à embrasser tous les aspects de l’Amour avec un grand A, rare dans sa musicalité et enfin rare dans son identité. Un artiste dont le premier album Ayna vient de paraître, rendant justement hommage à son identité malgache ainsi qu’à sa poésie naturelle.

Premier album de 18 titres, Ayna marque d’abord par sa fluidité, puisque l’artiste arrive à nous tenir en haleine grâce à sa poésie évidente, comme dans le titre Un temps pour. Les origines malgaches de l’artiste sont représentées grâce au titre mais également grâce à des morceaux comme Fa Manina  ou Fitia. Afficher ces couleurs était une volonté revendiquée par Tsew the Kid, qui avait à coeur de rendre hommage en musique à ses propres racines. Ayant grandit à Madagascar, il voulait mettre en avant ce pays, qui mérite pour lui davantage de lumière et d’attention.


Loin de se cantonner à des chansons liées à son identité, Tsew The Kid incarne avec brio sa réputation de chanteur-rappeur incasable, dont la voix chaude réussit à capturer les sentiments amoureux et les états d’âme que tout le monde peut expérimenter. Le titre Plus rien, par exemple, narre avec précision les douleurs liées à la séparation, au vide qu’elle entraîne tout en restant fidèle au style chanté de son auteur.


L’artiste est conscient de cette catégorisation parfois connotée négativement d’artiste « sentimental » mais ne s’en encombre pas. Il l’assume même à fond car, pour lui, avoir cette habileté à parler des sentiments et des émotions à fleur de peau constitue une force. Cette force sensible dénote dans une époque valorisant toujours la virilité et tous ses attributs, susceptible de fragiliser, par la même logique, les femmes et leurs places. Cette sensibilité éclot selon moi sur le morceau Dis moi , où la voix de l’artiste se brise à chaque fin de phrase, où l’émotion est palpable et où nos poils finissent toujours par se hérisser spontanément.

Mais si Tsew the Kid est un éternel romantique et nous narre avec émotion ses rencontres amoureuses, il vise aussi avec ce premier album à mettre en avant la place importante de la solitude dans sa vie, et par extension, dans nos propres vies. Ayant eu l’occasion d’échanger avec lui, j’ai découvert un artiste conscient de ses propres failles et de son succès, insistant sur le fait qu’être bien avec soi même permettait l’épanouissement des relations avec les autres. En bref, il pointe l’importance d’apprivoiser la solitude.

Paradoxal pour un poète romantique ? Pas vraiment : ce nouvel album nous donne des indices notamment avec la chanson La musique ne m’a jamais déçu  ou encore  Saoulé, où il revendique la liberté qu’il a pu conquérir au fur et à mesure, et ce que cette liberté lui a offert. Grâce à Ayna, Tsew the Kid explore toute sa palette musicale, toujours pour incarner en chansons différentes émotions, allant de l’hommage à ses proches comme sa mère qui apparaît à un instant, jusqu’à une ode au plaisir et à la sensualité.

Avec On s’en fout des autres, l’artiste explore la sexualité de façon romancée, sans jamais apparaître comme cru, comme vulgaire, mais en jouant toujours sur le côté cérébral et fusionnel du sexe, et cela plaît. Il semblait important dans un projet comme Ayna de pouvoir toujours se reconnaître dans les émotions, les expériences racontées, et le sexe peut en être une parfois centrale pour un grand nombre d’entre nous. S’éloignant des cases que l’on voudrait trop facilement assigner aux rappeurs, chanteurs, amateurs de variété, stars de la pop, Tsew the Kid se veut un artiste hybride au milieu de ces catégories, se passant de la vulgarité.

Tsew the Kid propose avec ce premier projet d’ampleur une coloration musicale inédite, où rap et chant s’entremêlent avec justesse, et où les deux feats, avec Lefa et PLK, offrent sa caution rap au projet. Lorsque l’on revient avec lui sur ces deux sons, à savoir Maladroit et Sorry, Tsew reconnaît l’apport de ces collab’ avec d’autres artistes, qui lui ont permis d’acquérir un savoir-faire musical grâce à leurs deux empreintes uniques.

De plus, pour Sorry (avec PLK), la connexion entre les deux est efficace, preuve qu’un terrain d’entente entre deux styles bien différents peut être trouvé, d’autant que PLK a aussi signé des sons parlant d’amour (comme Pourtant).

Pour un artiste puisant sans cesse dans l’émotion, dans une forme de confession sans filtres (comme avec l’Outro du projet), la difficulté peut résider dans le fait de ne pas suffisamment se protéger, de parfois donner trop de soi. Néanmoins, attentif et prudent, il réussit à se canaliser suffisamment depuis qu’il a commencé la musique, il choisit les facettes de sa vie à dévoiler et les assume.


Cette expression des sentiments traduit chez Tsew une volonté d’être en phase avec lui même, et de rendre accessible à tous des messages d’espoir, des messages visant à s’aimer et à aimer, puisque l’amour ne devrait pas être traité toujours par les mêmes. Et si l’artiste envoie cet amour, il reste touché par l’amour qu’il reçoit en retour, via les stories Instagram des fans, via les messages, preuves supplémentaires qu’en temps de pandémie et d’immobilisme forcé, la musique parvient plus que jamais à nous réunir et à diffuser des sentiments profonds.

Ayna offre un bol d’air inespéré dans une période où l’air nous manque tant. L’opus permet à ce jeune artiste de montrer que se construire autour de la musique, en restant sincère avec soi-même et avec le public, peut devenir un atout pour résister aux épreuves.

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